Publié par : Spy Jones | juin 17, 2008

Moul’traktour for dummies…

     Vous l’aurez certainement deviné, c’est de Fouad Ali El Himma et de son Mouvement pour tous les démocrates (dénomination déjà abrégée en MTD, après six mois d’existence à peine) que je veux parler. Fréquemment à la une des hebdomadaires marocains, il l’a été simultanément sur le Journal hebdo et Telquel, la semaine dernière. Ce n’est donc pas un hasard si j’ai choisi d’y consacrer mon premier post traitant de politique.

Mais par où puis-je bien commencer ? Un blog entier consacré à ce (sur)homme ne suffirait pas –a fortiori un post- pour décoder toutes les informations qui foisonnent autour de sa personne, de ses projets politiques, et ses pouvoirs -actuels ou futurs-. Et pour peu, tous le questionnement convergeraient bien vers un seul : Que manigance-t-il à la fin ?

Au commencement était l’amitié. Cette amitié entre le Roi et le fils du peuple qui se forgea au Collège royal. Natif de Marrakech en 1962, El Himma à grandi à Rhamna, puis integré le Collège royal en 1976, à l’âge de 14 ans. Selon ce qu’a rapporté Telquel, il aurait fomenté quelques mouvements de protestation collective, du fait de son caractère rebelle -l’ami du roi himself était un gauchiste, le comble !-.  Il a couronné ses études en obtenant une licence en droit et droit comparé en 1986. Son premier stage a été, logiquement , effectué au Ministère de l’Intérieur, sous la houlette de Driss Basri, qui ne lui témoignait que peu d’interêt (un mauvais calcul qui devait s’avérér payant, par la suite, contribuant probablement, même d’une façon négligeable à sa déchéance). Passablement ennuyé de l’aspect sécuritaire omniprésent au Home Secretary du Maroc, contrairement à un Yassine Mansouri très vite devenu le protégé de Basri, il se tournera plus vers le relationnel, en nouant des contacts de tous bords, parmi les élites locaux de sa région natale, les anciens détenus politiques ou encore les intellectuels. Il développera dès lors un penchant pour la politique, concrétisé par son élection en 1992 président du conseil communal de Ben Guérir, sur recommandation de prince héritier, elementarily.  Affûtant de plus en plus son sens de la politique, Il étoffe comme il peut son agenda politique, devient député des Rhamna, en saisissant une aubaine inespérée : le décès de l’ex-député. Il boude malgré cela les séances du Parlement, ce qui montre bien son opinion à propos de cette institution… Il fut défait en 1997 aux élections législatives contre un PJDiste qui, ironie du sort, avait été son directeur de campagne en 1995, l’année des partielles qui le consacrèrent.

Sa vie bascule subito lorsque Hassan II le nomme directeur de cabinet du prince héritier. Son implication politique est ainsi entérinée, et il devient incontournablement, après le décès du monarque, le « chargé d’affaire politiques » du nouveau roi Mohammed VI, si l’on peut dire, se démarcant du sécuritaire Yassine Mansouri (aussi affublé du sobriquet « espion de Sa Majesté ») et de l’économiste Mounir Majidi (l’homme par qui les scandales arrivent). El Himma devient ainsi secrétaire d’Etat, puis ministre délégué à l’Intérieur, poste auquel il officiera sous trois ministres, Ahmed El Midaoui, Mustapha Sahel, et enfin, le dernier en date, Chakib Benmoussa. Il a été à l’origine du dialogue établi entre l’Etat et le Forum Vérité et Justice (FVJ), dialogue qui a abouti plus tard à la création de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), ce qui a eu pour effet d’institutionnaliser la reconnaisance des exactions commises durant les fameuses « années de plomb ». Le revers de la médaille a été cependant de masquer les exactions qui ont été commises et continuent d’être commises, tels certains procès iniques qui ont suivi le 16 mai 2003, et dans lesquels a été constatée l’absence de tout principe judiciaire, des jugements ayant été quelques fois basés sur de simples présomptions. Parmi d’autre exécrables orientations imputées à El Himma, on notera la râclée qu’ont subie une fois des manifestants de l’AMDH, les multiples procès intentés à la presse indépendante (Interdiction du Journal et de Demain, interdiction d’exercer pour Ali Lmrabet, Affaire Claude Moniquet contre le Journal Hebdo en 2006, et enfin l’épisode de l’été 2007 où, tenez-vous bien, Nichane à été retiré des ventes, Telquel détruit et le Journal Hebdo retenu à l’imprimerie, et le summum de l’atteint à la liberté de la presse, Hormatallah et Ariri de « Al Watan Al An » emprisonnés).

Puis le coup de théâtre. Le 7 août 2007, soit exactement un mois avant les élections, la MAP annonce l’acceptation par le Roi de la démission d’El Himma, et en cite même le motif : se présenter aux élections législatives du 7 septembre, comme un simple citoyen, comprend-t-on en substance -Oui, mon œil !-. En fait, lorsque j’ai appris la nouvelle, via le JT de 20 heures à la RTM que tous le monde nous envie, je fus estomaqué par l’affront fait de facto à la démocratie, sans gêne aucun, alors que je croyais jusque là que ce genre d’actes ne pouvait appartenir qu’à l’ère hassanienne, et encore. Peu après avoir subit cette nouvelle de plein fouet, j’étais persuadé que Si Fouad serait Premier ministre dans le prochain gouvernement. Une prédiction démentie plus tard, ce qui paraît logique vu qu’un premier ministre ne peut être qu’éphémère, alors qu’un vice-roi officieux n’est pas tenu de l’être. Commença alors cette campagne, dont la presse se faisait l’écho, et rapportait l’omniprésence de El Himma, sur tous les fronts, ameutant sportifs et artistes en quête de bonne relations makhzénienne, dont le cas assez cocasse de Touria Jabrane, qui est devenue ministre de la Culture, grâce justement à son soutien à El Himma. Bref, El Himma mène une campagne, et dans l’esprit des électeurs de sa circonscription, il est peu ou prou le sauveur. A mieux le contempler, cela me semble tout à fait correspondre à la candidature officielle sous Napoléon III, en France.

Les résultats tombent en couperet et, sans surprise, la liste de Si Fouad empoche les trois sièges pour Rahmna avec un score lui conférant un statut de plénipotentiaire. Et une sortie médiatique très controversée sur 2M, dans laquelle il affiche clairement ses prétentions, et attaque avec zèle le PJD, lequel réplique dès le lendemain. Autre manifestation de l’autorité incontestable d’El Himma, son groupe parlementaire Tradition et Modernité, composé de SAP (sans appartenance politique) et de transhumants de hizbicules sans poids électoral ou issus des partis dits « administratifs » (ce qui en dit long sur leur programme…). Ce groupe totalise 31 députés dont 5 SAP, ce qui en fait une force politique relativement modeste mais néanmoins influente.

Vinrent les difficiles moments où la nomination du gouvernement était entamée. Le « nouveau » Premier ministre, Abbas El Fassi, chef de l’Istiqlal et politicien en fin de cycle, est connu pour être un fidèle zélateur du Makhzen, et un monarchiste convaincu. Un monsieur « J’appliquerais les instructions de Sa Majesté à la lettre », qui n’a aucune envie d’exercer les prérogatives qui lui sont accordées par la Constitution. et se contentera au mieux d’enregistrer les projet du Palais et des ministres technocrates, au pire de décrédibiliser le gouvernement et le Parlement, en plus de son propre parti. Incapable évidemment d’affronter l’appétit vorace des leaders de parti et de modérer les surenchères des uns et des autres, il finira par jeter l’éponge au profit de deux conseillers royaux, Mohamed Mouâtassim et Meziane Belfqih, épaulés discrètement par Si Fouad. Selon Le Journal Hebdo n°321, il aurait été à l’origine de l’entrée d’Ahmed Akhchichine (actuellement président du MTD), de Touria Jabrane, de Latifa Akherbach et d’Aziz Akhennouch.

Enfin, l’épisode MTD est le dernier en date. Il a débuté avec l’Appel à tous les démocrates, un manifeste signé par un gotha de personnalités qui sont, pour reprendre la classification de citoyenhmida :

1/ des ministres actuels :

• Ahmed Khchichine • Aziz Akhannouch

Ce n’est pas l’ambition personnelle. L’un et l’autre n’ont pas besoin de la bénédiction « himmienne » pour exister !

2/ des militants des droits de l’homme, connus et reconnus, que le pays entier respecte :

• Salah El Ouadie El Assafi • Khadija Rouissi • Hakim Benchamach

3/ Un financier de haut vol :

• Mustapha Bakkoury, patron de la CDG, des décisions duquel une grande partie de l’économie nationale est dépendante.

4/ Des anciens ministres :

• Rachid Talbi Alami, ancien ministre RNI. • Mohamed Cheikh Biadillah, ministre sortant de la Santé.

5/ Experts reconnus dans leur domaine :

• Habib Belkouch, directeur du Centre d’Information de formation des droits de l’Homme du Royaume du Maroc. • Hassan Benaddi, journaliste.

D’autres personnalités viendraient rejoindre cette plate-forme qui aurait vocation « regrouper tous ceux qui veulent contribuer à l’élan de démocratisation et de développement que connaît le Maroc », avec un seul objectif : l’intérêt national.

• Nasser Bouazza, titulaire de la chaire communication communautaire de l’UNESCO à l’Institut de Journalisme, • Jamal Eddine Naji, responsable de la Chaire UNESCO en communication publique et communautaire Institut Supérieur de l’Information et de la Communication.- • Bachir Znagui, ancien journaliste de « Libération » • Kamal Lahbib, altermondialiste convaincu et secrétaire général de Alternatives-Maroc. • Ahmed Herzenni, président du Conseil consultatif des droits de l’Homme.

On a également cité Mohamed Aujar, ancien ministre RNI des droits de l’homme.

C’est sur cette base qu’a été constituée l’association Mouvement pour tous les démocrates , présidée par Ahmed Akhchichine, dont la trésorière est Khadija Rouissi, et dirigée par un « bureau » comprenant bien sûr Fouad Ali El Himma, Hakim Benchamach, le porte-parole de l’association, Ahmed Herzenni, Salah El Ouadie, Hassan Benaddi, et bien d’autres… Ils ont entamé ces deniers mois une tournée des régions, cinq jusqu’à maintenant : Tanger, Agadir, Marrakech, Rabat et Khénifra. Des rencontres sommes toutes assez peu innovatrices, n’apportant rien de nouveau et ayant pour principal but de recruter des notables en vue des élections communales, mais ceci est une autre histoire….

A suivre.

Prochain épisode: « On how the tractor is going to change our lives… »

   


Responses

  1. le genre de el himma est ,pour moi,un barrage pour le maroc qui veut devenir une démocratie

  2. je trouve cet article tout a fait juste a propos des pouvoirs du roi

  3. Exactement, je partage tout à fait ton opinion. Malheureusement, il est bien parti pour asseoir sa puissance sur le champ politique. Et, sauf réveil miraculeux de la classe politique, au premier rang desquels les partis de gauche, rien ne peut l’arrêter…

  4. Et oui, le roi chez nous gouverne, et tend même à monopoliser la gouvernance, en plaçant ses pions tels que Si Fouad !

  5. l’article est tres frappent , mais comment pouvez vous nous expliquer tout ses unions et les alliances qui ont rassemblé les PJD et USFP …au moment ou LE MOUVEMENT et le star politique a nos jours? est ce que ils ont la phobie d’etre ecarté dans un coin nommé opposition ..ou ils ont connu enfin le sence de la tolerence?

  6. A ma connaissance, aucune alliance n’a rassemble le PJD et l’USFP, si ce n’est leur refus légitime d’un mouvement qui détruit les bases de la démocratie en permettant à un proche du roi de s’immiscer dans l’action parlementaire.

    Et puis l’oposition n’est pas un coin, contrairement à une croyance répandue au Maroc, mais une position qu’il s’agit de revendiquer, comme le fait courageusement le PSU par exemple.

  7. Le fait de fondation dE MOUV.D Peu etre qu’il ne s’agit pas d’unE demolition des socles de la democratie, croyez moi , il sera quasiment vain de soutenir l’idée de refus legitime s’il est relié avec la naissance de cette nouvelle association qui vas amorcer sans doute le gouverement d’une maniere putative mais aussi sous un ambre royal… a ce point la il clair que la panique des autres parties est justifié maintenant puisqu elles a pris enfin conscience que la date de rendre les derniers soupirs s’approche a grands pats.

    Pour L’opostion , peu etre ce n’est qu’une sorte d’ironie , ou hypocrisie politique car il n’a jamais joué son role qui reflet vraiment le sence seant d’une telle oposition.

  8. Permettez-moi mon cher d’être en total désaccord avec vous. Car que signifie la démocratie sinon le gouvernement libre des affaires d’un pays par le peuple ? Or cette association essaye de détruire tous les autres courants soit en les « dévorant », soit en les décrédibilisant. Et ça c’est fondamentalement anti-démocratique, puisque la démocratie suppose l’existence de plusieurs courants politiques. Une ombre royale oriente le débat et empêche l’expression libre. Et enfin, en démocratie, les partis ne se détruisent pas entre eux…

    L’ironie, c’est plutôt qu’un affidé de Basri se réclame le candidat du changement alors que l’USFP, lui, a longtemps milité pour un Maroc démocratique, avant que des opportunistes ne le contrôlent….

  9. Donc d’apres ton analyse j’oserai de dire que ce mouvement ce n’est qu’un defricheur MAIS negatif qui vas tout disloqueret debalyer ( bien entendu tous les parites) d’une maniere illigitime mais d’un protocole tres innecent qui ne mene a croire que le navire est a la bon voi… et si on parle des eurosceptique ( les gens qui doute de l’avenir de l’europe en tant qu’unité politique et economique)
    on a le droit de parlé maintenant des Marocsceptique puisque l’avancement est vers l’arriere en se qui conserne l’equilibre politique au Maroc

  10. là j’aimerai bien mettre ton blog parmi les favorites si c’est possile!!!!

  11. Bon on va se mettre d’accord… Dis moi quel est précisément le programme du MTD ? Revendique-il un réforme constitutionnelle initiée par le peuple ? Souhaite-t-il une monarchie parlementaire VRAIMENT démocratique ? Souhaite-t-il une réelle séparation des pouvoirs, un roi qui règne mais ne gouverne pas, une justice équitable ? J’en doute fort…

    Si tu veux mettre mon blog dans tes favoris, clique sur le menu Favoris puis clique sur ajouter à mes favoris…

  12. Vu votre esprit gauchiste là il n’est pas question de justifié – de votre part bien- un raisonnement juste qui a amené Mrs »him’a » de fondé le mouvement et puis apres rebabtisé le role de l ‘etat dans le gouvernement..
    pour le programme ,les circonstances qui ont cerné la fondation rend l’expliquation plus commodé, Le MTD n’est qu’une seul personne qui a eu peur de se tribucher en cherchant de ce nommé premier ministre alor il a faillait reculé pour mieux avancé ..et là il ne faut pas se consterné pourquoi « Him’a » a sorti du palai royal avec un sourir a la mine …

    donc il n’ya pas de paradoxe ..je pense qu’on est au meme courant

  13. Ravi qu’on ait enfin trouvé un terrain d’entente, puisque vous reconnaissez enfin qu’El Himma a des desseins cachés et qu’il n’est pas un innocent démocrate mais bien un loup décidé à conquérir le gouvernement et le parlement au service de M6.
    En attendant de te lire😉

  14. Ce n’est plus une reconnaissance juste vous ne m’avez pas bien COMPRIS… et je ne sais pas si tu habite au Maroc ??😉

  15. Bien, je m’excuse alors de pas vous avoir compris…

    Oui j’habite au Maroc, pourquoi ?

  16. juste une question ..et tu fait quoi dan ta vie ?

  17. Si tu veux plus d’informations lis ça : https://spyjones.wordpress.com/about/

    J’ai ajouté ton msn à mes contacts, donc on discute là bas, ok ?😉

  18. […] aux libertés de la presse avec les affaires “Telquel” et “Al Watan Al An”, le coup de théâtre d’El Himma, ou Ssi Fouad pour les intimes, et le compte à rebours pour les élections législatives. Tout ça […]


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