Publié par : Spy Jones | juin 23, 2008

L’Boulevard 2008 : outcomes of a personal experience

Pour une fois depuis sa création, vous allez lire sur mon blog un billet qui ne porte pas sur les maths pas plus que sur la politique. « Enfin! » vous exclamerez-vous, « il s’est détaché de cette lassante bipolarité « . Tout ça pour confesser que j’ai manqué cruellement d’imagination, mais je suis entrain de me soigner…Trêve de sornettes, entrons dans le vif du sujet :

J’ai assisté donc, ces deux derniers jours, au Boulevard des jeunes musiciens, plus communément appelé L’Boulevard, dans sa 10ème édition, qui s’est tenue du 18 au 22 juin 2008, au Stade de l’Etoile, à côté du RUC, à Casablanca. Les principales nouveautés de cette édition ont été l’entrée gratuite, alors qu’auparavant il fallait acquérir un « pass » pour 4 jours à 40 dhs, et le prolongement à cinq jours au lieu de quatre. Cependant, le changement majeur introduit par cette édition réside dans la délocalisation du Tremplin du Boulevard à Rabat, qui a induit la prolifération des groupes professionnels invités. De la programmation disponible en entier ici, je retiendrais les groupes pour lesquels j’ai le plus d’admiration Darga, Hoba Hoba Spirit, et l’artiste Barry. Voici un compte-rendu personnel et subjectif du déroulement de L’Boulevard cette année :

Samedi 21 juin 2008 :

Je n’arrive sur les lieux du spectacle qu’à 16h30, à cause d’une sieste un peu trop prolongée. Peinant d’abord à trouver ce satané stade, je suis un peu surpris par la simplicité de la procédure d’entrée. Pas de file, pas de ticket à acheter, et deux contrôles sécuritaires, respectivement par un agent privé et par un merda (Forces Auxiliaires). D’emblée je trouve un groupe marocain de metal, Imperium, qui chante en anglais. Le public, pas enthousiaste pour un sou, accroche très peu. On entend même des railleries ça et là. En fait, au lieu de suivre ce qui se passe sur scène, la plupart des spectateurs se groupent en cercles, et les plus frimeurs cherchent à vanter leur look gothique, leurs piercings à la mode, ou leurs habits tape-à-l’œil, tandis que d’autres grillent des clopes. Les groupes se succèdent, Anaconda (Rabat) et surtout ZWM (Rabat), essaient vainement de redresser la barre. Ils n’y arriveront pas, et le public ne sera vraiment réveillé de sa léthargie qu’au passage du groupe Syncopea (Rabat) vers 18h , et sera finalement dopé par la performance des Vicious Vision (Casablanca). N’appréciant que modérément le metal, je passai le plus clair de mon temps à me balader dans ce terrain vague, curieusement baptisé « stade ». Et j’observais les énergumènes que constituent les amateurs de metal au Maroc, affichant presque tous le look symbole de leur appartenance, et repliés en groupes exclusifs. Je découvrais l’importance du dispositif sécuritaire, qui finalement n’aura pas servi à grand-chose, sinon à maitriser quelques rares altercations, ou à dissuader d’éventuels harraga-s de festivals (ceux qui insistent à renter en zone V.I.P.). C’est peut-être pour cette raison que ce phénomène s’est raréfié par rapport à l’année précédente (lire à ce propos la sublime chronique qu’avait pondue, il y a 3 ans, Réda Allali). Et ce faisant, je me pose aujourd’hui la question : Comment peut-ont obtenir ce fameux sésame qui permet d’être juste en face de la scène, à l’abri de ceux qui sont entrés par désœuvrement, et entouré d’une très bonne ambiance ? Si quelqu’un détient une réponse, le chemin des commentaires est tout indiqué….

Je suis donc retourné à pied chez moi, parcourant sans grande fatigue les 3 kilomètres et demi de ce périple, en ayant à la main un exemplaire du génialissime « lkounache del boulevard », un magazine très bien réalisé avec une couverture professionnelle de l’évènement et en même temps si proche du lecteur, et des chroniques en darija à gogo.

Dimanche 22 juin 2008 :

De nouveau arrivé en retard, j’ai raté Barry, dont le morceau « L’qaleb » m’avait impressionné auparavant par ses paroles qui touchent juste et son humour pétillant. Mais j’ai pu suivre en entier la prestation du groupe Mazagan qui, contrairement à ce que j’aurais cru, est très apprécié par le public de fusion, notamment pour ses influences chaâbi. Un public déjà chaud, alors qu’il n’était que 17h, et très content du spectacle, ce qui se manifestait par une danse collective soulevant une bonne quantité de hemri (terre rouge) de stade. Contemplant en même temps le public, j’apercevais une blonde Européenne se trémousser, elle aussi, toute en fumant une clope. Je compris dès lors la magie de ce style de fusion qui rassemble des gens de divers horizons pour faire la fête. D’un autre côté, innombrables étaient les cigarettes grillées dans le public, certains commençaient même à exhiber des joints ! L’air en devenait suffoquant, pour le quasi-allergique au tabac que je suis. Après plus d’une heure de réglages techniques, montèrent sur scène les Darga, enflammant du coup un public tout acquis à leur style. Ils entonnèrent leurs chansons-phares, Stop Baraka, Sidi Abdelkrim (hommage au résistant rifain Abdelkrim Khattabi) entre autres. Un déchaînement de l’assistance en découla naturellement, se manifestant par un nuage de terre qui recouvrit ceux qui l’avaient provoqué à coup de danse. Bref, une heure d’extase, malgré ce désagrément gênant. Et enfin, au bout d’une attente de près de deux heures, la résidence L’Boulevard, star de la soirée, sous la direction artistique du célébrissime Amazigh Kateb, leader du groupe Gnawa Diffusion, et la participation de membres de Haoussa, Darga, et autres groupes de fusion. La transe du public a démarré de plus belle, pour une heure encore de pur plaisir, en dépit de l’immixtion au niveau local d’un certain nombre de désœuvrés ivres, conséquence fâcheuse du relâchement probable de la vigilance à l’entrée. J’ai finalement quitté le lieu des festivités à 22h, sans voir Band of Gnawa et Hoba Hoba Spirit. Je me consolai de ces derniers en me disant que j’avais assisté à leur prestation dans de meilleures conditions au Théâtre Mohamed VI en février, à l’occasion de la sortie de leur quatrième album « El Gouddam ».

Conclusion :

En définitive, si je devais porter un jugement, c’est que c’est un festival très réussi, tant par le calibre des artistes invités que par l’organisation, certes imparfaite, mais correcte – le public étant de même en général assez discipliné – mais qu’il ne vaut pas un concert dans un lieu clos, avec entrée payante, à mon humble avis. Et chapeau, Momo et Hicham pour le magnifique travail d’organisation que vous faites depuis maintenant 10 ans !


Responses

  1. salam!!
    Oui la reputation du festival commence a devenir plus large et tres importante… mais là j’aimerai bien que tu suivras « en direct avec vous » à 2M qui vas traiter une problematique qui vas cerné les causes qui ont amené les jeunes marocains a mettre à part la music traditionelle marocainne d’un coté et s’adapté avec une music qui ne semble plus la mienne ni la tienne autant que marocains..

  2. Effectivement je suivrais avec un intérêt certain cette émission… D’ailleurs, je me rappelle que la même thématique à été traitée dans cette émission là, il y a plus de 2 ans, et avais invité les détracteurs de la musique underground. Suite à quoi, le groupe Hoba hoba spirit a sorti dans son album « Trabando » un titre intitulé « kalakh », à écouter absolument.
    Je vois que toi aussi tu n’aimes pas cette nouvelle scène musicale, et pourtant t’es un jeune. Je tenterais de te convaincre malgré tout !

  3. you said »..I usually listen to music from many styles, from classical Arabic music to 70’s rock music or Moroccan rap… »but I do not think anyone who’ll love the kind of classical music will adapt listening to rap or rock (according to your autobiography)

  4. Coucou!

    Qui des êtres humains, pourrait ne pas céder à la tentation d’assister à un concert et entrer dans le monde mystérieux des sons où tout est symbole & délice , où le plaisir & la douleur se mêlent dans une alchimie savante, où la science de la combinaison des sons & de l’enchaînement des accords crée ce qui est appelé harmonie, où les mélomanes aiment à se perdre comme dans une immense forêt d’où peuvent jaillir à tout moment une beauté imprévu comme la joie la plus rare ? Bien évidement personne.
    C’est bien malheureux que je n’aie pu assisté à la dixième édition du Boulevard, comme toutes les autres précédentes d’ailleurs, moi qui suis une admiratrice de la majorité voire l’ensemble des groupes marocains de fusion, de rap …. Surtout que pour celle-là j’aurai pu être en de bonne compagnie, dommage …😦.
    Derechef Younes, tu as tout deviné😀, c’est exactement ce que je me suis dit après avoir lu le titre du nouveau bilan :p (il s’aperçoit que Mr est voyant aussi) (Je parle biensur du Enfin! d’exclamation).

  5. @ Tayeb :
    Excuse me but I think you just have so much clichés about the underground Moroccan music. Have you ever listened to Hoba hoba spirit, Darga, or Barry ? Or you just trust on the freezy judgements of some narrow-minded conservators who abhorr any artistical change. Well, just listen , and then criticize, but don’t criticize before you listen with an open mind.

    @Salma :
    Ton commentaire est si expressif… j’ai aussi ressenties toutes ces sensations que tu as décrites mais j’ai été incapable de les mettre en mot. Et puis ces sentiments aurait été amplifié si j’étais en bonne compagnie😉
    Content que j’aie deviné les aspirations des lecteurs du blog.
    Message perso : please open your mail box

  6. […] et ses rapports avec la scène underground. Le timing de l’émission, quelques jours après L’Boulevard, augurait un débat enflammé, à l’instar de ce qui s’était déroulé sur le même […]

  7. bravo pour le billet,qui a dit que tu avais un manque d’imagination???
    d’abord tu as fais une description détaillée et puis tu es sincère çà se sent .enfin j’adore ton style à la fois peso,confession mais qui reste critique .bravo encore,continu je reviendrai souvent.

  8. Le manque d’imagination était juste une supposition de ma part, vu que peu de visiteurs parcourent mon blog, à plus forte raison ces derniers jours…Et puis je dois reconnaître que je suis très porté sur l’auto-flagellation !

    D’autre part, mes compliments me touchent au plus profond de mon moi. Merci !

  9. ssalamo 3alikoum!

    Tout d’abord merci d’avoir consacrer cette page au Boulevard qui attire chaque année des centaines de milliers de personnes.
    L’édition de cette année était effectivement speciale dans la mesure où elle à rendu homage à toute cette génération d’artiste marocain qui participent activement au changement de l’image du pays vers un Maroc ouvert, dynamique, jeune et créatif. Après des année de boulo et de persévérance Mazagan, Darga, Hoba hoba spirit , Barry, Haoussa… sont parvenu à imposer des musiques nouvelles qui nous rassemblent et ressemblent et qui ne décolore en aucun cas notre patrimoine musical, au contraire, ces jeunes groupe on revisité le folklore pour lui redonner vie et le mettre en valeur sur différentes scènes nationales et même internationales: nous avons vu notamment, Hoba, Darga , Mazagan , Haoussa, Barry, H-kayn, Fnair, Ganga Vibes, Amarg w zid w zid … s’exporter et représenter le Maroc en Afrique en Europe et au moyen orient et donner une nouvelle image du Maroc plus proche de la réalité.
    Sinon ce qui m’a marqué dans cette 10ème édition du boulevard c’est la prestation du groupe Mazagan qui à mon avis et le meilleur ambassadeur de cette génération de musicien et qui apparemment faisait son deuxième passage au Boulevard après celui de 2004 en compétition (catégorie fusion): de très bons musiciens, un très bon chanteur, une belle présence sur scène, un style musicale unique et surtout un bon contact avec le public. j’étais vraiment étonné de ne pas connaitre avant ce groupe qui selon mes recherches existe depuis 10 ans et que j’ai vu une semaine avant le boulevard par hasard sur Studio 2M.
    Franchement Bravo Mazagan! et Bravo à tous nos jeunes artistes qui bataillent pour innover et sauvegarder notre culture!
    et Merci!

  10. Tout à fait d’accord avec toi sur le succès des groupes de la nouvelle scène marocaine : il est clairement démontré à l’échelle nationale et internationale.
    Et comme j’ai été présent à la dernière jour consacrée à la fusion), je peux témoigner que leur prestation était vraiment excellente.


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