Publié par : Spy Jones | juillet 11, 2008

« Rêves de femmes » by Fatema Mernissi, a personal review

J’ai tardé à consacrer un billet à un des nombreux livres que j’ai lu et apprécié, tandis que sur mon ancien blog, les analyses littéraires (modestes, il faut bien l’avouer…) étaient représentées plus ou moins correctement. Cette mise en contexte étant délivrée, j’entamerais immédiatement l’analyse personnelle, dont je revendique entièrement la subjectivité et la non-conformité à de quelconques critères, d’un roman de la sociologue marocaine Fatema Mernissi, « Rêves de femmes : Une enfance au harem », initialement publié en anglais sous le titre « Dreams of Trespass : Tales Of A Harem Girlhood ».

Contexte :

Si je me rappelle bien c’est en 2006, au stand des éditions du Fennec au S.I.E.L. (Salon international de l’édition et du livre de Casablanca) que je m’étais procuré ce roman, à un prix défiant toute concurrence (20 Dhs), et je crois bien que c’était la principale motivation de mon achat -que voulez-vous, on ne renie pas facilement ses origines fassies (1)…-. Sur le coup je n’avais donc pas vraiment choisi, mais dès les premières lignes, cela s’était avéré une lecture bien judicieuse.

Synopsis :

En français :

« Je suis née en 1940 dans un harem à Fès, ville marocaine du VIIIe siècle, située à cinq mille kilomètres à l’ouest de La Mecque, et à mille kilomètres au sud de Madrid, l’une des capitales des féroces chrétiens ». Ainsi commence le récit de Fatima Mernissi, cascades de contes d’une enfance où merveilleux et quotidien se côtoient et s’embrouillent. Habiba, l’illettrée qui récite par cœur Les Mille et Une Nuits, est-elle réelle ou fictive ? Et Tamou, la cavalière rifaine qui surgit du Nord, bardée d’armes et de bijoux ? Et Charna, et la princesse Boudour ? Qui sait ? L’écrivain elle-même est incertaine : « C’est un récit sur les frontières, elles bougent par définition ! »

Depuis sa publication en 1994 à New York, sous le titre original de Dreams of Trespass, ce roman a été traduit en une vingtaine de langue. Ce récit littéraire est le premier de l’auteure.

En anglais :

 « I was born in a harem in 1940 in Fez, Morocco… » So begins Fatima Mernissi in this exotic and rich narrative of a childhood behind the iron gates of a domestic harem. In Dreams of Trespass, Mernissi weaves her own memories with the dreams and memories of the women who surrounded her in the courtyard of her youth-women who, deprived of access to the world outside, recreated it from sheer imagination. Dreams of Trespass is the provocative story of a girl confronting the mysteries of time and place, gender and sex in the recent Muslim world.

Critique personnelle :

Fatema Mernissi

Fatema Mernissi

Au détour du récit d’une enfance somme toute quasi-ordinaire, c’est tout un univers que l’on découvre avec Fatema Mernissi : Fès des années 40. Une époque où les mentalités étaient bousculées, et où le changement était plus que jamais d’actualité. En parallèle avec les luttes pour l’indépendance, un autre bras de fer prenait place : la confrontation traditionalistes/modernistes. Car le principale mérite de ce roman à mon avis est d’éclairer cette évolution progressive de la société marocaine du modèle traditionnel, représenté symboliquement par le harem, vers un modèle moderne, dont le principal trait est la famille nucléaire. Ce combat engagé par la jeune génération de femmes, dont la mère de la narratrice, prenant comme exemple la libération de la femme au Moyen-Orient, est un combat de tous les jours, que ces femmes entretiennent avec patience, et obtiennent de plus en plus de concessions chaque jour. Elles développent leur sens de la persuasion pour obtenir des marges toujours plus larges de libertés. Les hommes, convaincus par les idées éclairées des nationalistes, jouent le jeu, pourvu que cela ne « dépasse pas les limites », les hudud . Ce concept de hudud sera d’ailleurs omniprésent dans l’oeuvre, et articulera l’introduction du récit, puis réapparaîtra à plusieurs reprises, surtout lorsque le narratrice est en proie à des questions existentielles. De ce fait, on note ici le désarroi d’une petite fille qui ne comprend pas du tout le monde des grands, et qui avec son compagnon de jeu et cousin Sami, tente de déchiffrer ces codes de la bienséance, si difficiles à deviner.

Plusieurs thématiques, autre que le tandem tradition-modernité, ponctuent les chapitres de l’oeuvre et ne laisse jamais la monotonie s’installer. Ainsi, les contes des Milles et Une Nuits font l’objet de l’émerveillement de l’enfant, subjuguée par l’éloquence et le talent de Schéhérazade, courageuse jeune femme prenant sur elle pour guérir Chahrayar de la vengeance destructrice qui le ronge. Ou encore cette opposition rural/citadin, évoquée lorsque la narratrice rend visite à sa grand-mère maternelle Yasmina. Enchantée, Fatima découvre le charme d’un harem de campage où les femmes jouissent de liberté de circulation, n’étant pas cloisonnées entre quatre murs. Dès lors, on comprend que le monde rural symbolise aux yeux de l’auteure la liberté, et à travers l’évocation des aventures de Tamou, une guerrière rifaine, tout stéreotype éventuel sur les femmes d’antan s’évanouit. Ensuite, le théâtre que sa cousine Chama pratique et fait découvrir aux femmes du harem, provoque son intérêt et la pousse à la recherche du savoir. La terrasse, lieu de convergences des activités interdites, mais aussi symbolisant le recueillement, constitue une étape importantes dans le récit. Enfin le récit bascule pour se recentrer sur la narratrice lorsqu’elle accèdes aux prémisses de la vie d’adolescent, marquée par la séparation entre garçons et filles, et l’accession à l’école moderne en lieu et place du m’sid.

En définitive, un des plus beaux romans marocains que j’ai lu, qui nous fait revivre une époque pleine de rebondissements, sous le regard de ceux qui disent toujours la vérité : les enfants. A lire absolument, tant pour la qualité du récit que par les nombreuses leçons qui le jalonnent, et qui incitent à la réflexion sur le thème de la libération de la femme marocaine.

Pour aller plus loin :

Cet article sur Lire.com – Editorial reviews from Amazon.comCustomer reviews from Amazon.com 

 

(1) C’est une plaisanterie basée sur un cliché tenace comme quoi les Fassis seraient tous des avares… n’importe quoi !


Responses

  1. J’ai lu ce livre il y a plusieurs années et il fait partie des meilleurs livres d’auteurs marocains que j’ai lu (et que je garde précieusement dans ma bibilothèque et que j’offre souvent en cadeau à la plupart de mes amis) Dommage que j’ai n’ai pas trouvé d’autres roman de l’auteur… j’ai également lu quelques essais d’elle, « Etes-vous vacciné contre le harem » entre autres…

    J’ai adoré le style de Fatema El Mernissi, son regard sur l’univers féminin du Maroc traditionnel est percutant… les choses se passent encore ainsi dans certaines régions du Maroc…

    Moi mon auteur marocain préféré reste Fouad Laroui, je dévore ses romans sans fin… mon préféré est  » Méfiez-vous des parachutistes » mais le dernier « la femme la plus riche de Yorkshire » n’est pas mal non plus, à lire absolument!!

  2. je serai heureuse de lire des commentaires pareils ,car ils me poussent à cibler mes lectures .
    je le chercherai pour le lire .merci
    et puis je risque de me répéter mais j’aime ta façon de traiter les commentaires,tu es rigoureux analytique un matheux quoi !!!!!!! lol

  3. @ raja
    Ah Fouad Laroui ! Que ne peut-on pas dire comme éloge de cet écrivain…
    Je lui avais consacré un billet dans mon ancien blog : http://spy-jones.blogspot.com/2007/02/lecture-tu-nas-rien-compris-hassan-ii.html
    J’espère que tu repasseras, et à bientôt !

    @ marokina :
    J’espère que tu pourras te le procurer et que tu le liras…
    Que veux-tu, on ne s’affranchit pas facilement de sa vocation première !

  4. Salut,
    Ce commentaire ne te sera sans doute d’aucune utilité, mais je tiens juste à le lancer en l’air, non pas comme un reproche, mais comme une simple remarque.
    D’ailleurs, ce commentaire ne concerne pas ce billet précisément ; c’est plutôt un constat sur tous les billets que tu as rédigés et que j’ai eu l’occasion de parcourir (j’avoue! je ne les lis pas en entier! mea culpa!).
    Mais juste pour ne pas tomber dans le hors sujet total, un petit mot sur cet article-ci :
    Le livre me semble assez intéressant…toutefois, je dois avouer que je n’ai jamais été fan de littérature marocaine, et aussi loin que je puisse revenir en arrière, je ne me rappelle pas avoir lu plus de deux livres d’auteurs maghrébins.

    Pour ce qui est du coeur même du commentaire, le voilà :
    Je remarque assez fréquemment dans tes billets, que si tu places une petite boutade, une plaisanterie, tu tiens toujours à mettre une petite notice en bas, comme quoi c’est de l’humour.
    Mais l’essence de l’humour même n’est-il pas de ne pas être pressenti comme tel?
    L’humour, c’est subtil, c’est fin, c’est vague…et il me semble que préciser qu’une telle phrase est ironique, ou que c’est de l’humour noir, ne gâte-t-il pas le tout?
    Enfin, c’est comme ça que je le vois, du moins que je l’entrevois!

    [humour]Bientôt, on commencera à mettre les phrases qui comportent un tant soit peu d’humour entre les balises [humour] [/humour]

    Cordialement,
    Mehdi

  5. Salut,

    Si si, ton commentaire est très utile, et je suis tout à fait d’accord avec toi. En fait, c’est juste parce que je crains des fois ne pas être compris, mais en définitive cette appréhension est injustifiée. Merci de m’avoir prodigué ce conseil, et à bientôt !

  6. J’ai pas lu le roman, mais je trouve ta critique assez brillante!
    Ton billet m’a donné envie d’acheter le roman et voir!

  7. C’était l’effet escompté du billet, car je savais bien que la plupart des lecteurs du billet n’auraient pas lu le roman, je souhaitais donc le leur faire découvrir et les inciter à le lire…

  8. Ehhh bien je peux te garantir que tu excelleras dans le domaine du marketing.Ce billet est finement étudié à dessein d’ extorquer la convoitise des lecteurs afin de se procurer cette fameuse oeuvre.J’en suis d’ailleurs parmi ceux qui ont été envoutés,par conséquent j’ attends la première occasion qui me permettra de la lire.Je te remercie pour ta brillante idée, et j’ attends encore d’autres de la sorte avec impatience.

  9. Je ne crois pas que je suis vraiment excellent, mais puisque tu le dis… Merci pour le compliment🙂

    A propos, si tu veux que je te la prête, ça serait avec un grand plaisir😉

  10. « (1) C’est une plaisanterie basée sur un cliché tenace comme quoi les Fassis seraient tous des avares… n’importe quoi ! »
    Je croyais que c’étaient les soussis et les juifs qui occupaient les premières places dans ce placement ! Mais, c’est vrai que j’ai entendu, mais pas souvent non plus, pareils clichés sur les fassis.

    Sinon, merci pour la découverte. Je ne manquerai pas de lire ce bouquin.

  11. En tout cas, moi j’ai été continuellement exposé à ce préjugé, qui a tout de même la vie dure !

    C’est moi qui te remercie d’être passée sur mon blog, à bientôt😉

  12. slt à tt.je suis une étudiante à la fac de ouajda au maroc;je suis entrain de préparer mon projet de fin d’étude qui sera nchaalah sur l’oeuvre de Fatima Mernissi Reves de femmes mais j’ai trouvé des diffécultés à propos les points que je vais traiter et mnt je vs demande votre aide et merci d’avance…

  13. c’est rachid sassi étudiant à l’université sidi mohammed benabdellah fès saiss, j’ai fait mon mémoire sur le personnage féminin dans reves de femmes de fatima mernissi.si vs voulez mon soutien tu n’as qu’à m’envoyer un message à mon émail:sassi_r@hotmail.com


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