Publié par : Spy Jones | juillet 22, 2008

Benkirane will be leading the PJD : May he become less impetuously populist ?

C’est avec une relative consternation que j’appris hier matin l’élection de Abdelilah Benkirane, ex-président du Conseil national, à la tête du Secrétariat général du Parti de la Justice et du Développement, succédant ainsi – à 684 voix contre 495- à Saâdeddine El Othmani, qui devient par ailleurs président du Conseil national, le parlement du parti pour ainsi dire. Outre ce revirement de situation qui m’a presque amusé, je fus peiné par la défaite de l’aile modérée du parti, incarnée par El Othmani et Lahcen Daoudi, et en même temps la défaite de l’aile radicale politiquement , représentée par Mustapha Ramid, et qui, au moins, promettait d’œuvrer pour une révision constitutionnelle, rééquilibrant les pouvoirs au profit du Parlement et du gouvernement, à supposer bien entendu qu’ils émanent directement de la volonté du peuple.

Si cette introduction vous laisse vous figurer que je suis un sympathisant du premier parti islamiste légal au Maroc, permettez-moi de le nier catégoriquement. Tout d’abord, je n’ai pas l’âge requis pour me poser la question, n’étant pas majeur. Les autres raisons peuvent être énoncées ainsi :
Primo, je pense qu’une certaine séparation de l’État et de la religion doit être opérée, de façon à définir clairement les limites de l’intervention de la religion dans les affaires politiques, et vice versa. Les libertés individuelles, et particulièrement la liberté de croyance, sont pour moi indissociables du socle des droits de l’homme, et je me désole de les voir sinon reniées, du moins reléguées aux oubliettes. Ne désirant pas m’étendre là-dessus maintenant, j’y reviendrais probablement dans un prochain billet.
Secundo, je suis totalement hermétique aux idées conservatrices –pour ne pas dire rétrogrades- que prône le Mouvement Unicité et Réforme (MUR), sorte de background associatif du PJD, et son quotidien Attajdid, dont la lecture des titres me donne des cauchemars. Un exemple parlant: prohiber toute manifestation culturelle qui n’est pas jugée par eux « islamiquement correcte » (ce qui inclut la nouvelle scène musicale, les romanciers marocains d’expression francophone, les films marocains « osés » …) !

Mais qu’en est-il de Benkirane en personne ? Ce natif du quartier populaire Akkari de Rabat en 1954, originaire de Fès, a grandi au sein de la jeunesse istiqlalienne. Son entrée par effraction dans la postérité est venue suite à l’incident survenu en septembre 1980, alors qu’il avait déjà rejoint les rangs de la Chabiba Islamiyya, conduite par Abdelkrim Motiî : après la prière d’Al Asr, il harangua les foules lors d’une manifestation publique prend son départ à la mosquée dite Mohammadi, au quartier des Habous à Casablanca. Des centaines de “marcheurs” protestent contre la condamnation à mort de certains “frères”, impliqués dans l’assassinat du militant de gauche Omar Benjelloun, cinq ans auparavant. Benkirane lance alors -ô sacrilège!-, à l’intérieur de la mosquée, une phrase terrible dont la traduction se résumerait ainsi : “A cause d’un chien galeux, des enfants brillants de cette nation sont condamnés à mort”. Mais la rupture avec l’option révolutionnaire ne tardera pas à s’imposer aux jeunes loups de la Chabiba qui, de mèche avec le Pouvoir (Driss Basri en l’occurrence), organisent un putsch contre le leader en exil en 1981au lendemain des émeutes sanglantes de Casablanca, et annoncent fermement leur respect des sacralités et leur refus de la violence.

Les années passent et les associations créées par ce groupes se succèdent. Mais il voient bien plus grand. Après que leur projet de création de parti islamiste « Parti de l’unité et du développement » sous la houlette de Lahcen Daoudi, se soit vu opposer un refus, ils convoitent le MPDC de Abdelkrim El Khatib, une sorte de coquille vide, qui leur permettrait de faire une entrée officielle et légale au champ politique, en espèrant mieux. Le feu vert de l’État leur fut finalement accordé, et ainsi naquit ce qui allait devenir le PJD. Vice-secrétaire général du parti alors, Benkirane attend son heure… qui ne viendra pas. En 2004, alors que Khatib tire sa révérence, c’est Saâd Eddine El Othmani qui est élu à la tête du tout nouveau PJD.

Enfin, après des années de militantisme islamiste, souvent affreusement populiste, mais affichant sa proximité du Palais, vint pour lui la délivrance : cet élection à la tête du parti, au cours d’un 6ème congrès national certes démocratique  -aux dires d’observateurs impartiaux et de personnes ou d’institutions peu soupçonnées de connivence- , mais où les débats n’étaient pas de tout repos. En effet, contrairement à ce que pourrait laisser entendre les formules de politesse déclamées après-coup, le débat fut orageuxMustapha Ramid, et beaucoup de militants mécontents exprimèrent leurs vives critiques à l’égard d’El Othmani, accusLahcen Daoudié de mollesse décisionnelle, d’effacement politique (il n’avait rien fait pour endiguer les dissensions entre Ramid et Benkirane), de consensus trop poussé avec l’Etat, de gestion intrusive, de défaillance lors des élections législatives de 2007. Cependant, fait rare dans les annales des partis marocains, toujours sièges de réelles guerres de clans, les autres membres du secrétariat général, choisis par Benkirane, ne sont pas tous des fidèles. Bien au contraire, deux parmi ses plus ardents détracteurs, Lahcen Daoudi et Mustapha Ramid, rempilent au poste de responsabilité. Et, comme en récompense de ses bons et loyaux services, El Othmani écope de la présidence du conseil national.

Plus encore, le nouveau chef du parti a reçu un message royal dont je vous épargnerais bien entendu le texte complet, mais disons qu’il est très courtois et plutôt neutre, avec une pointe de léger enthousiasme. De là à conjecturer que la venue de Benkirane rafraîchirait les relations PJD-Palais, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement.

De prime abord, le profil d’Abdelilah Benkirane est entaché par une réputation sulfureuse : l’impétuosité dont il fait preuve est sans bornes. Que ce soit sur les talk-show, ou avec ses frères du parti, il se révèle être de tempérament colérique, prompt à fustiger son interlocuteur pour toute divergence de points de vue. “Il use très bien de la langue de bois. Il sait sortir le bon verset du Coran au bon moment pour couper court au débat”, analyse cet homme politique qui a eu le “plaisir” de débattre avec lui (rapporté par Telquel). C’est du charisme pour certains, de la « dictature » et de l’irresponsablité pour d’autres (notamment Lahcen Daoudi). Ses opinions culturellement rétrogrades ne plaident pas non plus en sa faveur. Personnellement, je ne lui pardonnerais jamais ses jugements à l’emporte-pièce sur les festivals musicaux, “lieux de débauche” selon lui, à sa dernière apparition sur Hiwar, et sur Marock, qu’il ne critique pas pour la piètre qualité cinématographique, non ! il le critique comme “atteinte à la religion”…(dit dans une émission de Moubacharatane Maâkoum consacrée à ce film en 2006). Mais c’est un bien vilain défaut qui le condamne vraiment à mon humble avis : ils considèrent les gauchistes comme ses ennemis désignés, surtout s’ils réclament un tant soit peu de libertés individuelles, ou de réaménagement de la relation Etat-religion, ce qui s’apparente chez lui à de l’apostasie… Il est par contre en bons termes avec le Palais, et la révision constitutionnelle est pour lui un dossier qu’on peut reporter. Vraiment, Ssi Abdelilah ?! Pour reprendre la formule usitée par Khalid Jamaï, « l’élection de Benkirane est un pas en arrière dans le parcours du PJD ».

Citoyenhmida, dès l’annonce de cette nouvelle, s’était posé des questions fort judicieuses concernant cette personnalité appelée à jouer un rôle déterminant au PJD de demain. J’aimerais donc conclure en y répondant succintement, à la lumière des données ci-dessus :

Le P.J.D. va-t-il entamer avec ce changement de tête un changement de cap? Sûrement, mais dans le sens où l’exploitation des valeurs religieuses et morales atteindra son apogée.

Va-t-il durcir d’avantage sa position de parti d’opposition? Certainement pas, puisque Ssi Abdelilah n’est pas très porté, comme on l’a vu, sur la critique du Pouvoir.

Va-t-il   décider   une alliance avec un  ou plusieurs partis pour tenter de renverser le gouvernement par une motion de censure? Peut-être bien, si l’occasion s’en présente, et si c’est permis en hauts lieux.

Va-t-il continuer à prêcher la moralisation de la vie publique pour ratisser encore plus large en vue des prochaines municipales?
Assurément, car il est le tribun le plus talentueux du PJD dans ce domaine-là, et compte tenu de ses antécédents en la matière….

Abdelillah Benkirane, l’homme au verbe facile et acéré, le leader charismatique qui sait chauffer les salles et dynamiter les plateaux de télévision, le beau parleur qui peut dans la même phrase dire la chose et son contraire avec une aisance remarquable, saura-til être le leader  qui manque au P.J.D. pour devenir un parti fréquentable? Non, pas pour moi en tout cas

P.S. : La réponse à la question posée en titre : Certainly not.


Responses

  1. Bravo pour cette analyse avec laquelle je suis d’accord.
    Comme j’ai dit chez Citoyen Hmida, le PJD me fait peur car il joue sur la confusion entre le sacré et le profane, il mêle le religieux au politique. Ajoutant à cela les idées arriérés et rétrograde qui émanent de ces leaders comme Benkirane et Ramid mais aussi de ces bases.
    Est-ce qu’il aura du progrès avec ce parti ? Je pense que non.
    Ce parti me pose aussi des problèmes car je pense que leurs objectif à long terme n’est pas la démocratisation du pays ; la Démocratie –avec le respect des Droits de l’Homme, la Liberté d’Expression et de Croyance, … – est vue comme un intrus dans la littérature islamiste, c’est une « Bid3a ». Eux ils aspirent à l’application de ce concept flou de la « Choura » à leur sauce. Pour moi la démocratie est la réalisation concrète de la Choura.

  2. De même, je pense que tu as tout à fait raison, j’aimerais juste ajouter que, quoiqu’on en dise, les cadres du PJD réclament la démocratie avec ce terme, mais remarquez-bien, sans son corollaire : les droits de l’homme. Je crois bien que s’ils insistent sur la démocratie, c’est qu’ils sentent qu’une partie des Marocains les soutient, une autre partie est perméables à leur idées, une troisième catégorie représente les indifférents, et ceux qui critiquent ce parti serait finalement relativement peu nombreux. C’est de ce calcul politicien, à mon avis, que procède leur revendication de démocratie -du moins à en croire les déclarations des leaders-.

    Bien évidemment, ne demandez pas au PJD de lutter pour les droits de l’homme, pour la liberté d’expression et de croyance, pour la libéralisation de la culture, c’est incompatible avec leur « référentiel islamique » !!;)

  3. alors là, permets moi de te dire que tu as tout faut et que tu peux aller « mouiller tes droits de l’homme et ses corollaires et boire leur eau »..; pourquoi? Parce que comme plein de gens dans ce pays, vous avez une crainte maladive de la religion, une religion qui vous est difficile à gober puisqu’elle limite vos liberté individuelles… mais mon fils, personne n’a de libertés et tout le monde est engagé envers Allah… et si tu ne veux pas tenir cet engagement qui est corroboré par ta foi t’es libre de disposer de ta vie, mais sache que dans un pays musulman tu risques des bobos qui ne sont qu’une petite partie de plaisir avec ce qui t’attend là haut.
    Ah oui, mais où avais je la tête, c’est du rétrograde tout ça… s’cuse moi j’avais pas pris attention!

  4. RDB,

    Ton discours est un enchevêtrement d’idées fausses, d’intégrisme bigot, et de préjugés tendancieux que je vais essayer de démêler :

    1/ C’est très grave de renier les droits de l’homme, puisque c’est la porte ouverte à tous les massacres et cruautés de l’Antiquité et du Moyen âge, je t’épargne les leçons d’Histoire… Aimerais-tu qu’on te stigmatise en fonction de ce que tu pense comme tu proposes de le faire pour les autres ? Le problème c’est que les droits de l’homme sont garantis en Islam, la vie du Prophète nous en montre de beaux exemples, lorsque ces fanatiques intégristes font le contraire ils s’écartent de la conduite du Prophète

    2/ Non, l’Islam ne limite pas les libertés individuelles, c’est l’interprétation qu’en font les intégristes qui les limite.

    3/Alors ça c’est la meilleure, pourquoi vous ne réinventez pas l’Inquisition et condamner tous ceux qui contredisent Benkirane, Cheikh Yassine & co. ? Ma relation avec Dieu relève de ma plus stricte vie privée, qui es-tu toi ou tes instigateurs pour m’imposer des élucubrations dont vous auto-proclamez la « vérité absolue » ?

    Bref, la prochaine fois révises tes classiques et propose des arguments, au lieu de déblatérer comme ça en l’air…

  5. Je m’en fous de benkirane moi, c’est le dernier de mes soucis! Ce qui m’intéresse c’est la vision de la liberté et tout ce qui en découle qui sévit actuellement, et avec ça une charte des droits de l’homme qui fait le bonheur des uns mais aussi le malheur des autres.
    C’est vrai que l’islam n’a jamais été contre les libertés individuelles, ni les droits de l’homme, d’ailleurs notre religion a été le première à reconnaitre et attribuer tous les droits à l’homme, mais aussi des obligations qu’il faut observer.
    Et si tu compares un peu entre les deux tu verras le pourquoi du comment…

  6. En ce qui concerne l’analyse je crois que t’en encore trop petit pour comprendre ce qui est réellement le jeu de la politique… Je ne te sous-estime pas, non, je sais que tu as de la matière grise, bcp même, mais je pense que tu devrais quand même gagner en maturité!

  7. Le problème c’est que mon billet traite de Benkirane en personne, peut-être aussi du PJD mais pas vraiment de la relation entre Islam et libertés individuelles (hormis une phrase ou deux). Juste une question, forcément partielle, mais révélatrice: est-ce que les festival musicaux doivent être prohibés à ton avis ?

    Je te concède effectivement que je suis jeune (on ne dit pas « petit »). C’est donc normal à mon âge d’être un peu idéaliste (c’est du moins ce que tu penses, car beaucoup de blogueur comme Larbi ou Ibn Kafka croient en la démocratie plus fermement que moi)

  8. Merci pour tes éclaircissements, J’ai un oncle que je connu un temps, mais que la vie nous a séparé. Depuis quelques temps déjà, je suis les choses de loin. Je vois des esquisses se profiler, des orientations se dessiner. la simple combinaison islamiste, Benkirane m’aurait sans doutes amusé en un autre temps. Il semble cependant que la route nous amène dans cette perspective. J’aurais juste un espoir à formuler: Le Maroc est en phase d’affronter un nom qui est le mien. Souhaitons qu’il passe l’ecceuil avec succès


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