Publié par : Spy Jones | août 14, 2008

Youssef Chahine, Mahmoud Darwich : rest in peace…in spite of the controversies !

A deux semaines d’intervalle, deux grands artistes arabes se sont éteints. Le cataclysme qui secoue la poésie et le cinéma pourrait presque ne pas être fortuit. Mais un dénominateur commun existe bien entre ces deux défunts : la controverse qui prend place et s’alimente des racontars et des préjugés invoqués par leur détracteurs respectifs, toujours prompts à les fustiger alors qu’ils ne sont plus en mesure de se défendre. Voyons cela au cas par cas :

Youssef Chahine ( 1926-2008 ) :

Une mise en contexte purement biographique ne serait pas de trop avant de présenter ce ténor du 7ème art arabe :

Naissance
25 janvier 1926 à Alexandrie (Égypte)

Formation

Arabe élevé dans la religion catholique (son père est libanais et sa mère égyptienne), Youssef Chahine fait ses études secondaires en anglais à Alexandrie, ville tolérante et cosmopolite. Après l’université, il part pour les Etats-Unis, suivre des cours de cinéma et d’art dramatique au Pasadena Play House près de Los Angeles, durant trois années.

Carrière au cinéma

A ses débuts, Youssef Chahine reprend les traditions du cinéma populaire égyptien, qui reposent sur le mélodrame et les chansons, mais en y ajoutant une touche réaliste inhabituelle. Il impose des préoccupations sociales avec Le fils du Nil (1951) ou Les eaux noires (1956). Il révèle Omar Sharif dans Ciel d’enfer (1954). Son style, imprégné du cinéma américain, et ses intentions trouvent un premier aboutissement avec Gare centrale (1957). Ce film, que Youssef Chahine interprète lui-même et qui le signale à la critique internationale, révèle une conception nouvelle dans le cinéma égyptien, qui rompt avec les récits linéaires et le tempo lent. Le cinéaste s’affirme au fil de ses oeuvres comme un intellectuel d’une farouche indépendance, entretenant des rapports conflictuels avec les autorités de son pays. De plus en plus engagé sur le plan social (La terre, 1968), il dénonce dans Le moineau (1974) l’affairisme du pouvoir. Sa critique sans concession de la société égyptienne se double d’une volonté d’exalter le rassemblement des différences. Alexandrie, pourquoi ? (19787 est le premier volet d’une trilogie semi-autobiographique qui écarte les schématismes et rappelle non sans nostalgie le temps d’une société plus cosmopolite et généreuse. Ses dernières oeuvres sont des coproductions avec la France. Bonaparte en Egypte (1985) est la plus importante coproduction jamais réalisée en Egypte, tandis que Le sixième Jour (1986) offre à la chanteuse Dalida un rôle en arabe dans son pays d’origine. En faisant l’éloge de la connaissance et de l’enrichissement par le mélange, Youssef Chahine défie une fois de plus les pouvoirs temporels et spirituels du monde arabe. L’Emigré (1994), est une histoire inspirée du récit biblique sur Joseph, le fils de Jacob. Avec Le destin (1996), le cinéaste évoque l’Andalousie du XIIe siècle, époque où musulmans, juifs et chrétiens vivaient en bonne entente. Après deux oeuvres historiques, Chahine revient à l’époque contemporaine avec L’Autre (1998), dénonciation en règle de la mondialisation, qui, pour Chahine, est objectivement complice des mouvements intégristes islamiques. Il met en scéne une comédie musicale Silence… on tourne (2000), et réalise un court-métrage September 11 : Egypte (2002), réflexion sur les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Dans Alexandrie, New York (2003), Chahine revisite son passé et nous parle de ses rapports complexes avec l´Amérique qu´il a tant aimée, à travers une fresque, où les héros aiment, chantent, dansent, rient et pleurent. Son dernier film Le Chaos (2006), co-réalisé avec Khaled Youssef, pamphlet sur la société égyptienne, témoigne du militantisme d’un cinéaste que ni l’âge ni la maladie n’ont érodé. Il montre un état miné par la corruption, un mal incarné par Hatem, policier véreux qui règne en maître absolu sur un quartier du Caire.

Autres activités

Dans les années 1970, Youssef Chahine crée sa société de production, Misr International.
Il est souvent interprète de ses propres films (Gare centrale, 1958 ; Alexandrie encore et toujours, 1990).
En 1984, il fait un séjour en prison pour avoir diffusé un film interdit par la censure.
Il monte pour la Comédie Française Caligula de Camus en 1992.

Prix

  • Prix pour l’ensemble de la carrière, 1997 au(x) Festival International du Film (Cannes)

Décès
27 juillet 2008 à Le Caire (Egypte)

Sur toutes les lèvres , il est cité comme l’un des plus grands cinéastes égyptiens, celui dont l’œuvre a le plus marqué les esprits, celui qui s’est démarqué par sa capacité à innover. Il était aussi célèbre pour son esprit critique et observateur, ayant passé au crible la société égyptienne. Engagé, le cinéaste a également réalisé une trilogie autobiographique remarquée, véritable roman filmé de sa jeunesse : « Alexandrie, pourquoi? » (1978), « La mémoire » (1982), « Alexandrie encore et toujours » (1989). Larbi exprime si bien un autre aspect important de sa personnalité :

Je salue en lui l’homme de conviction, de tolérance et d’ouverture d’esprit.

Avec sa mort, disparaît une icône et un citoyen du monde qui a contribué au dialogue interculturel et la promotion de la compréhension mutuelle. Un cinéaste qui a combattu, avec intelligence et élégance, le fanatisme religieux et l’autocratie là où il n’y a ni droits de l’homme ni liberté de croyance.

Hmida lui insiste sur sa filmographie étonnamment riche et dont vous pourrez voir quelques extraits dans cet article tout en vidéos du Monde :

Youssef Chahine est mort, par ce beau dimanche, le 27 juillet 2008. En plein été, en plein soleil, en pleine gloire ! Youssef Chahine nous a quitté en grand seigneur, sans mise en scène, sans décor, sans bruit ! De la mise en scène, il en a fait toute sa vie ! De la grande, de la belle, de l’intelligente ! J’ai vu très peu de films égyptiens, mais je n’ai pas raté AL ARD (La terre), après découvert très tôt BAB EL HADID (Gare centrale) Deux films qui m’ont appris que le cinéma égyptien n’était pas que des mièvreries sentimentales et langoureuses ! Ensuite, avec AL OUSFOUR (Le moineau), j’ai pu voir que le cinéma arabe – à l’instar du cinéma italien – pouvait s’attaquer aux connivences entre les politiciens et les mafieux. Puis, pendant quelques années, j’ai perdu de vue le cinéma de Youssef Chahine que je j’ai retrouvé avec un immense plaisir dans AL MOHAGHER (L’immigré) et surtout AL MASSIR (Le destin) qui nous explique que ce que les musulmans vivent aujourd’hui a déjà traversé notre histoire du temps de Ibn Rouchd dans l’Andalousie arabe. I

Il me tarde de voir son dernier opus HEYA FAWADA (Le chaos) qui est une critique la société égyptienne contemporaine. Youssef CHAHINE a été un artiste qui, par sa culture plurielle, a su apporter un souffle chaque fois renouvelé au cinéma égyptien. Reconnu tant dans son propre pays – malgré des attaques plus que véhémentes qui lui portèrent les intégristes – que dans les pays arabes et aussi en Europe – Ours d’argent au Festival de Berlin en 1978 et en 1997 le prix du cinquantième anniversaire du festival de Cannes pour l’ensemble de son œuvre – Youssef Chahine aura été un des plus grands intellectuels arabes du XXème siècle.

Moi, à l’époque en vacances je n’ai pu consacrer de billet entier à cet évènement dramatique, mais je traduisais mes condoléances sur le billet de Larbi :

Jusqu’à hier, je ne le connaissais que par sa réputation mondiale, ses prises de position courageuses qu’on lui attribuait, et cela m’a suffit pour que je lui souhaite de reposer en paix ,à l’annonce de sa disparition. Mais lorsque j’ai regardé un de ses films sur 2M, le seul film égyptien à m’avoir vraiment touché, j’ai ressenti encore plus de peine, et comme hmida, je me demande : Après lui et Naguib Mahfouz, qui va prendre la relève pour représenter l’art des pays arabes au niveau mondial ? Encore plus, qui va reprendre le flambeau du combat contre la bêtise humaine sous toutes ses formes, notamment occidentales et orientales ?

Bien que la majorité des commentaires abondaient en ce sens, d’autres, visiblement d’opinion intégristes, critiquaient durement le cinéaste, pour ses prises de positions contre l’islamisme rampant, l’insultant même pour son appartenance religieuse :

Youssef Chahine;que la miséricorde du ciel appaise son âme.
Cependant,il faut dire que son oeuvre appartient à la catégorie des nostalgiques irréductibles du colonialisme.Pour gangner de l’argent et pour se faire accepter par les normes cinémétagraphique de l’occident il a opté pour l’opportunisme.Sans scrupule ni respect de soit,il a servit à la douce des plats qui suggèrent aux uns et aux autres que culturelement les musulmans sont potentiellement des terroristes.Rien dans l’oeuvre de chahine n’est originel. Quand il a vu que salmane Rochdi est encouragé,protégé et financé par les occidentaux,il l’a copié en arrodissant les angles .Chahine n’avait aucun principe ni aucun mérite,il était un machiavélique.

Qu’il pourisse en enfer. C’etait un copte (ou un juif ou les deux) irréductible tournant en derision l’islam et les musulmans. Ses actrices étaient souvent nues dans ses films et les baisers et attouchements sexuels pleuvaient de partout. Une page à tourner!

On pourra leur rétorquer beaucoup de choses et contrecarrer leurs arguments, puisque Youssef Chahine ne cessait de critiquer à la fois les islamistes ET l’impérialisme américain (dans Alexandrie…New York par exemple). Mais les insultes restes totalement débiles et sont le fait d’une minorité d’illuminés qui se croient en mesure de donnes des leçons des morale. Ridiculous !

Enfin, je vous laisse avec une vidéo offerte à moi par une marocaine : http://www.dailymotion.com/video/x5e2fr_averroesle-destin_shortfilms

Mahmoud Darwich (1941-2008) :

Lui, c’est la grande perte de l’été. Poète palestinien engagé et mondialement renommé pour son talent de haut vol, il est le dernier de cette génération de poètes palestiniens qui a tant donné à la poésie, à l’image de la sublime Fadwa Touqan par exemple. Une biographie pour s’en convaincre :

Darwish is considered to be the most important contemporary Arab poet working today. He was born in 1942 in  the village of Barweh in the Galilee, which was razed to the ground by the Israelis in 1948. As a result of his politi-cal activism he faced house arrest and imprisonment. Darwish was the editor of Ittihad Newspaper before leaving in 1971 to study for a year in the USSR. Then he went to Egypt where he worked in Cairo for Al-Ahram Newspaper and in Beirut, Lebanon as an editor of the Journal “Palestinian Issues”. He was also the director of the Palestinian Research Center. Darwish was a member of the Executive Committee of the PLO and lived in exile between Beirut and Paris until his return in 1996 to Palestine. His poems are known throughout the Arab world, and  several of them have been put to music. His poetry has gained great sophistication over the years, and has enjoyed international fame for a long time. He has published around 30 poetry and prose  collections, which have been translated into 35 languages. He is the editor in chief and founder   of the prestigious literary review Al Karmel, which has resumed publication in January 1997 out of the Sakakini Centre offices. He published in 1998 the poetry collection: Sareer el Ghariba (Bed of the Stranger), his first collection of love poems. In 2000 he published Jidariyya (Mural) a book consisting of one poem about his near death experience in 1997. In 1997 a documentary was produced about him by French TV directed by noted French-Israeli director Simone Bitton. He is a commander of the French Order of Arts and Letters.
Mahmoud Darwish is the winner of 2001 Lannan Prize for Cultural Freedom. The prize recognizes people whose extraordinary and courageous work celebrates the human right to freedom of imagination, inquiry, and expression. As defined by the foundation, cultural freedom is the right of individuals and communities to define and protect valued and diverse ways of life currently threatened by globalization.

In  the words of poet Naomi Shihab Nye. Mr. Darwish is “the Essential Breath of the Palestinian people, the eloquent witness of exile and belonging, exquisitely tuned singer of images that invoke, link, and shine a brilliant light into the world’s whole heart. What he speaks has been embraced by readers around the world – his in an utterly necessary voice, unforgettable once discovered.”

Mr. Darwish published his first book of poetry, Leaves of Olives, in 1964, at the age of 22. Since then, he has published more than twenty poetry books, including The Adam of Two Edens, Mural, Why Have you Left the Horse Alone, and Eleven Planets. The University of California Press has published his prose work, Memory For Forgetfulness. In 2000, Gallimard published the latest French anthology of his work and, in 2002, a new English translation of Mr. Darwish’s Selected Poems will be published in the United States.Among his accomplishments is the 1969 Lotus Prize and 30 compilations of poetry and prose.

Mais c’est en lisant ses nombreuses œuvres :

  • Comme des fleurs d’amandier ou plus loin, Paris, Sindbad/Actes Sud, 2007
  • Ne t’excuse pas, Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006
  • Etat de siège, Paris, Sindbad/Actes Sud, 2004
  • Murale, Arles, Actes Sud, 2003
  • Le lit de l’étrangère, Arles, Actes Sud, 2000
  • Jidariyya (Murale), 2000
  • La terre nous est étroite, et autres poèmes, Paris, Poésie/Gallimard, 2000
  • Sareer El Ghariba (Le lit de l’étrangère), 1998
  • La Palestine comme métaphore, Paris, Sindbad/Actes Sud, 1997
  • Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?, Arles, Actes Sud, 1996
  • Au dernier soir sur cette terre, Arles, Actes Sud, 1994
  • Une mémoire pour l’oubli, Arles, Actes Sud, 1994
  • Chronique de la tristesse ordinaire, suivi de Poèmes palestiniens, Paris, Cerf, 1989
  • Plus rares sont les roses, Paris, Minuit, 1989
  • Palestine, mon pays : l’affaire du poème, Paris, Minuit, 1988
  • Rien qu’une autre année, anthologie 1966-1982, Paris, Minuit, 1988
  • Fi wasf halatina, 1987
  • Dhakirah li-al-nisyan, 1986
  • Hiya ughniyah, 1986
  • Madih al-zill al-‘ali (Une eulogy pour le grand fantôme), 1983
  • Qasidat Bayrut (Ode à Beirouth), 1982
  • A’ras, 1977
  • Ahmad al-za’tar, 1976
  • Tilka suratuha wa-hadha intihar al-ashiq (C’est son image et c’est le suicide de son amant), 1975
  • Muhawalah raqm 7, 1974
  • Uhibbuki aw la uhibbuki (Je t’aime, je ne t’aime pas), 1972
  • Les poèmes palestiniens, Paris, Cerf, 1970
  • Allocutions & textes de Mahmoud Darwich
  • Ahmad al Arabi Opéra poétique écrit par Mahmoud Darwich, Composé et dirigé par Marcel Khalifé
  • Al-‘Asafir tamut fi al-jalil (Les oiseaux meurent en Galilée), 1970
  • Yawmiyyat jurh filastini (Journal d’une blessure palestinienne), 1969
  • Akhir al-layl (La fin de la nuit), 1967
  • Ashiq min filastin (Un amoureux de Palestine), 1966
  • Awraq Al-Zaytun (Feuilles d’olives), 1964
  • Asafir bila ajniha (Oiseaux sans ailes), 1960

… que l’on est vraiment pénétré de son génie à l’image de ce poème dénommé « De la résistance » qui m’a personnellement ébloui :

عن الصمود
محمود درويش – فلسطين


لو يذكر الزيتون غارسهُ
لصار الزيت دمعا!
يا حكمة الأجدادِ
لو من لحمنا نعطيك درعا!
لكن سهل الريح،
لا يعطي عبيد الريح زرعا!
إنا سنقلع بالرموشِ
الشوك والأحزان.. قلعا!
وإلام نحمل عارنا وصليبنا!
والكون يسعى..
سنظل في الزيتون خضرته،
وحول الأرض درعا!!
ـ2ـ
إنا نحب الورد،
لكنا نحب القمح أكثرْ
ونحب عطر الورد،
لكن السنابل منه أطهرْ
بالصدر المسمر
هاتوا السياج من الصدور..
من الصدور ؛ فكيف يكسرْ؟؟
اقبض على عنق السنابلِ
مثلما عانقت خنجرْ!
الأرض ، والفلاح ، والإصرار،
قال لي كيف تقهر..
هذي الأقاليم الثلاثة،
كيف تقهر؟

La blogoma n’est pas en reste, puisque la plupart des blogueurs lui ont consacré un billet à l’annonce de son passage de vie à trépas. Larbi introduit son billet ainsi :

La mort décidément ! Mahmoud Darwich nous a quittés. Sa trace dans l’histoire, faite de souffrance, la sienne et celle de son peuple, mais aussi d’humanité et d’amour  restera dans les mémoires.   A dieu Mahmoud Darwich ! Puissiez-vous trouver enfin la paix et le repos.

Et il enchaîne avec des poèmes accompagnés de photos et de vidéos. Hmida, lui, exprime tous ses sentiments de révolte et de tristesse par le biais de ces quelques phrases :

Décidément, je fais finir par m’interdire d’aller à la plage …….Il y a quinze jours, nous perdions Youssouf Chahine!

Aujourd’hui, c’est MAHMOUD DARWICH qui nous abondonne…Mahmoud DARWICH le poète de la Palestine, le poète des palestiniens, le POETE PALESTIEN…..

mahmood_darwish.jpg

Combattant de toujours, mais combattant pour la paix, il n’avait comme armes que sa liberté et sa langue!

Ce poète  toujours combattu pour son peuple, pour sa terre, pour sa civilisation!

Reconnu internationalement, même en Israël avec un projet  avorté  concernant l’étude de ses poèmes dans les écoles israéliennes, Mahmoud DARWICH était une idole dans tout le monde arabe.

Mahmoud DERWICH s’est éteint,  et avec lui une voix pleine de sagesse, d’espoir et d’intelligence!

Ibn Kafka, de son côté, fidèle à sa ligne éditoriale -si on me permet la digression-, se focalise sur l’aspect politique de sa disparition et met l’accent -à juste titre- sur sa critique véhemente d’Israël, qui le lui rendra en refusant son enterrement à Haïfa, et bien avant cela en le délestant de sa « nationalité » israëlienne. Et de conclure, en citant Juliette Prétière, que « Lui rendre hommage, c’est le lire, ou le relire. Simplement. En tentant de le comprendre par ses textes et leur contexte. Les vrais poètes ne meurent jamais. »

Mounir, quant à lui, signe un billet court et néanmoins philosophique :

Mahmoud Darwich est mort?

Il n’est pas mort !
Vous vous trompez !
Il sera vivant, tant que sa cause, sa poésie, son ame … persistent !
Il n’avait pas à vendre son ame au diable contre l’éternité, il n’avait pas non plus à attendre l’offre de Calypso, il est éternel par la force de ses mots !

Il est vivant pour toujours, il est la PALESTINE qui a animésa résistance, l’HUMANITE qui a soufflé dans son âme, depuis ses « oiseaux sans ailes », ses « feuillets des oliviers », …

Il est allé juste se reposer : « J’ai aujourd’hui plus tendance qu’auparavant à proclamer notre droit à l’absurde et au ludique » disait-il.

Une marocaine, enfin, rédige un billet très intéressant avec les conditions exactes de son décès, sa collaboration étroite avec Marcel Khalifa, et cette affaire du poème sur le prophète Yûsuf (psl) qui a valu au musicien libanais une poursuite en justice :

Je viens d’apprendre que Mahmoud Darwish est mort hier soir. La nouvelle a eu un effet assomant sur moi. Il est encore jeune. Oui, je sais la mort ne choisit pas en fonction des âges. Comme on dit « son heure a sonné ». Mais, il n’avait que 67 ans. Je ne crois pas avoir entendu qu’il souffrait d’une maladie. En faisant un tour sur le net, j’ai découvert qu’il était hospitalisé à Houstan, USA, depuis mercredi. Il avait subi une opération à coeur ouvert et se trouvait depuis sous assistance respiratoire suite à des complications. Il avait déjà subi deux opérations du coeur auparavant en 1984 et 1998. Dieu ait son âme en sa sainte miséricorde. إن لله و إن إليه راجعون.

J’avais assisté fin 2006 à une soirée inoubliable en compagnie de Mahmoud Darwish et Marcel Khalifa organisée par les représentants de la Palestine à l’Unesco – Paris pour fêter les 20 ans de collaboration entre ces deux grands artistes. Marcel Khalifa a contribué grandement à faire connaitre les poèmes de Mahmoud Darwish en les chantant. Je citerai à titre d’exemple : إلى أمي,ريتا, أنا يوسف يا أبي, وعود من العاصفة, أنا أحمد العربي, جواز السفر Marcel avait déclaré qu’il avait utilisé les textes de Darwish, parce qu’ils le touchaient, durant 7 ans sans lui demander son autorisation et sans que ce dernier ne lui réclame quoi que ce soit. Ce n’est qu’après ces 7 ans qu’ils se sont rencontrés et liés d’amitié. Vous pouvez les (re)decouvrir ICI. Je rappelle que le poème أنا يوسف يا أبي  a valu à Marcel plusieurs procès et un appel à la censure par les autorités religieuses musulmanes pour cause d’atteinte à la sacralité du Coran.

Pour les francophones qui ne le connaissent pas et voudraient le découvrir je vous conseille le livre « La Palestine comme métaphore« . Dans ces entretiens, il est d’une lucidité et d’un optimisme qui forcent l’admiration. J’ai bp appris sur lui, sa trajectoire, son oeuvre, sur le regard qu’il porte sur la situation au PO. En voici, une présentation. Sur la barre de gauche, vous trouverez d’autres de ses ouvrages.

Sa mort est une grande perte pour la scène artistique et intellectuelle arabe. C’est un grand poète palestinien, arabe et UNIVERSALISTE. L’autorité palestinienne a décrété 3 jours de deuil. Il sera inhumé en Cisjordanie.

Enfin, je terminerais en citant un poème composé par MG, et qui a pour thème le décès de Mahmoud Darwich :

Une étoile n’est plus

La pléiade des poètes arabes se retrouve appauvri
La Palestine par tant de sanglots a les paupières sèches
Restitue des larmes abondantes pour pleurer Darwich
Une étoile s’est éteinte au firmament de la poésie

Le ciel est triste a perdu de son flux
L’astre n’est plus mais sa lumière reste
A se propager dans la voute des poètes
Une étoile s’est éteinte on la verra plus

Sa mémoire est impérissable le génie son fort
Pour avoir su versifier l’injustice et le drame
Par le seul mot plus fort que les armes
Une étoile s’est éteinte Darwich n’est pas mort


PAIX A LEURS ÂMES A TOUS LES DEUX


Responses

  1. @ Spy Jones

    En effet, la disparition de ces deux géants de la culture arabe n’ pas évité d’alimenter la contreverse qui les concernant de leur vivant.

    Certains mauvais esprits n’ont même pas respecté un lédai raisonnable de deuil ou de recueillement – par simple égard pour leurs proches- pour proférer n’importe quoi contre eux…

    Comme reprocher à Darwich d’être décédé en terre chétienne ….Quand je pense qu’une telle « critique » est formulée par les soi-disant croyants musulmans …..Les pires ignominies ont été formulées contre ces deux monuments de la culture arabe actuelle ..

    Mais leurs oeuvres repectives réssiteront aux minables et aux jaloux!

  2. @ Spy Jones : Excellent tour d’horizon. Je voudrai juste préciser l’origine de mon billet. Dans mon entourage, on a organisé de vrais funérailles et s’échangeait les condoléances. Je cotoie des gens, certains poètes, certains d’inspiration MD. Et c’est là que je me suis révolté en leur disant, le gars n’est pas mort, tant qu’au moins dans mon entourage, certains continueront à porter le flambeau, à porter son discours, … c’est émouvant quand tu es avec des gens pareils🙂

  3. salut spy jone
    vraiment la mort de ces deux hommes est une grande perte pour les arabes.

  4. Merci de nous faire connaître ces deux personnages qui sortent de l’ordinaire. Tu as piqué ma curiosité et je vais tenter d’en savoir plus sur leurs oeuvres respectives.

    En passant, aucun lien avec ce billet, mais j’ai réussi à pondre une dizaine de questions pas trop connes je pense. Je te les envoie par courriel? Fais-moi parvenir ton adresse! Au plaisir!

  5. @ hmida :
    Tout à fait d’accord, l’anecdote que tu relates quant au lieu de décès de Mahmoud Darwich est parfaitement caractéristique de la décadence intellectuelle de certaines parties qui, ne respectant même pas les défunts, les dénigrent post mortem pour des futilités qu’ils ont proclamé soit-disons devoirs en Islam.
    Puisse cette mentalité arriérée disparaître au profit du respect dû à toute personne et particulièrement aux trépassés.

    @ Mounir :
    Gentil à toi de nous avoir expliqué les circonstances dans lesquelles tu a écris ton billet.

    @ madiha :
    Bienvenue sur mon blog, et j’espère qu’il te plaira et que tu reviendra le visiter souvent…

    @ Prof Solitaire :
    Ravi de t’avoir fait un tant soit peu connaître ces deux grands artistes arabes.
    Mon e-mail est : younes.guessous(at)gmail.com
    A bientôt alors !

  6. Merci pour ce tour d’horizon🙂
    Les deux sont partis sans vraiment partir car ils ont laissé leur empreinte dans le monde.
    Paix à leurs âmes.

  7. Je t’en prie ! Je me devais de leur consacrer un billet, et puis comme je n’apporterais personnellement rien d’original, j’ai préféré reprendre les contributions des différents blogueurs qui en savent quelque chose, parmi lesquels toi😉

  8. oh merci pour ton Blog
    ton Blog est quelquechose de magique
    http://www.maroconly.info


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