Publié par : Spy Jones | août 17, 2008

Briefly : The War on Terror is a loss of time and money, without any efficiency

En préparant mon prochain billet sur le coup d’État en Mauritanie, je fus amené à consulter le site du Figaro, quotidien français clairement libéral et porte-parole officieux de la MEDEF, aux dires de certains. Quelle ne fut ma surprise lorsque j’y trouvai l’article que je reproduis ci-dessous, sur l’inutilité de la guerre contre le terrorisme, alors que l’opinion occidentale était convaincue que c’était le seul et unique moyen de combattre ce fléau plus complexe qu’ils ne se le préfiguraient :

La «guerre contre le terrorisme» ne sert à rien
Laurent Suply (lefigaro.fr) avec AFP
29/07/2008 | Mise à jour : 16:52

Un groupe de réflexion a mis en évidence que la solution militaire est inefficace contre la plupart des groupes terroristes. Pour battre al-Qaida, il préconise une nouvelle stratégie basée sur le renseignement et la police, et de changer de vocabulaire.

Une autopsie du terrorisme pour trouver la stratégie susceptible de vaincre al-Qaida. C’est à cet exercice statistique que s’est livré la RAND Corporation, un groupe de réflexion américain qui travaille régulièrement pour le Pentagone. Pour tenter de comprendre le destin des groupes terroristes, les chercheurs ont compilé des données sur 648 groupes recensés à travers le monde entre 1968 et 2006.

Ils ont distingué chaque groupe en fonction de ses effectifs, ses buts, ses revenus financiers, du régime politique de son territoire d’implantation, de son orientation (religieux ou politique) et de ses buts. Ils ont ensuite passé au crible leurs destins. Sur les 648 groupes étudiés, 244 sont toujours actifs, et 136 se sont fragmentés ou ont fusionné avec d’autres groupes.

Les groupes religieux plus tenaces

Et parmi ceux qui ont effectivement cessé d’utiliser le terrorisme, les statistiques parlent d’elles-mêmes. La « bonne nouvelle » est que seuls 27 groupes (10%) ont cessé leurs activités après avoir rempli leurs objectifs, par exemple le FLN algérien. 114 (43%) ont déposé les armes suite à un accord politique avec l’Etat. Quant à ceux qui ont été réellement vaincu, 107 (40%) l’ont été par des moyens policiers et juridiques, les principaux étant le renseignement humain, l’infiltration des cellules, l’arrestation des leaders et le développement de la législation antiterroriste. Et 20 groupes seulement ont été écrasés sur le champ de bataille, par des moyens militaires, soit un pourcentage de 7%.

L’objectif du rapport étant d’évaluer les bonnes pratiques pour défaire al-Qaida, les historiques des mouvements similaires ont été spécialement étudiés. Mauvaise nouvelle : les groupes d’inspiration religieuse sont bien plus résistants que ceux qui ont une vocation politique. Depuis 1968, 62% des groupes terroristes ont cessé de nuire. Sur la même période, ce pourcentage tombe à 32% si l’on ne compte que les groupes religieux.

L’étude exclut d’office la solution politique pour al-Qaida, dont le but avoué est de renverser les gouvernements du Maghreb, du Proche et du Moyen Orient, pour unir le monde musulman sous une même bannière. La RAND Corporation estime que la probabilité d’un succès d’al-Qaida est proche de zéro, mais les statistiques montrent que les chances de parvenir à un accord politique sont d’autant plus faibles que les objectifs d’un groupe sont larges et ambitieux.

Quant à la solution militaire, à l’œuvre actuellement, l’étude conclut qu’ « il n’y a aucun solution au terrorisme sur le champ de bataille ». Et d’ajouter que la force brute a souvent « l’effet inverse » en attisant l’hostilité des populations, fournissant ainsi un réservoir de recrue aux terroristes. Le groupe note une augmentation des actions d’al-Qaida dans un rayon plus large, et juge que la stratégie américaine de « guerre contre le terrorisme » n’a pas réussi à affaiblir la nébuleuse terroriste.

Une armée présente mais discrète

Quelle stratégie adopter alors ? L’étude préconise un combat sur deux fronts. D’abord, mettre l’accent sur la solution policière contre al-Qaida dans le monde, en augmentant les budgets de la CIA et du FBI. Objectif : cibler les principaux « nœuds » du réseau al-Qaida, qu’il s’agisse de points de décision, de communication ou de financement. Cela implique également de mettre hors d’état de nuire les chefs des réseaux, avec les règles qui s’imposent dans un état de droit. Le rapport cite notamment un membre de l’Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste française, qui fait part d’une tactique citée en exemple : concentrer les efforts de polices sur des délits annexes tels que le trafic de drogue, plus facile à prouver devant un tribunal, pour mettre les suspects « à l’ombre » sans attendre qu’ils aient commis un attentat.

Ensuite, l’étude ne plaide pas pour un désengagement militaire total, en particulier pour la situation particulière de l’Irak, où al-Qaida participe à une insurrection armée globale. L’histoire montre que la solution militaire est plus efficace contre les larges groupes de terroristes insurgés (19%) que contre les groupes terroristes en général (7%). Dans ces zones, la présence militaire est « nécessaire », mais le rapport souligne qu’il ne doit pas nécessairement s’agit d’une présence américaine. Les forces locales y auraient une plus grande légitimité, et une meilleure compréhension. Il faudrait donc, selon cette étude, que les Etats-Unis cantonnent leur rôle militaire en Irak à de la formation ou de l’armement.

La RAND Corporation suggère quelques pistes idéologiques. Par exemple, le groupe estime que les fatwas émises par le Conseil des Oulemas en Afghanistan clamant que les kamikazes n’auraient ni vierges, ni vie éternelle, ont été bien plus efficaces que les tonnes de tracts de propagande largués par l’aviation américaine.

Autre changement symbolique mais crucial : troquer la « War on Terror » (guerre contre le terrorisme), qui laisse croire à une solution purement militaire, contre le plus classique « counterterrorism » (antiterrorisme). De même, il s’agit de ne plus faire passer Ben Laden et consorts pour des guerriers engagés dans une guerre sainte mais pour de simples criminels.

L’étude complète en PDF (anglais)

Pour être honnête, j’ai à peine eu le temps de parcourir le résumé et la conclusion, et j’ai trouvé le ton franchement différents des idées véhiculées habituellement par les médias américains. La méthode suivie semble académique et l’analyse rigoureuse et dénuée de clichés. J’y consacrerais probablement un autre billet plus tard pour analyser en détail ce rapport apparemment très intéressant. En attendant, j’ai mis en gras les passages qui m’ont particulièrement marqués.

Au fait, le think-tank en question est souvent sollicité par le Pentagone. Gageons qu’ils écouteront cette fois la voix de la raison !


Responses

  1. J’ai envie de dire « 3ela selametehom » et « seba7 l’khir » !!!!!!!!!!!! Il leur a fallu une étude pour arriver à la conclusion que les groupes terroristes sont organisés de manière autonome et sont plus dans le « référentiel biologique » celui de la cellule alors que l’armée, et de manière générale toutes les organisations héritées du 20ième siècle, est/ sont organisé(s) en mode pyramidal. Donc, inapte à faire face à ce genre de menace.

    Mais bon, nous savons tous (ou presque) que cette guerre dite contre le terrorisme avait d’autres raisons non avouées ou peut être que si…

  2. Étant plus sceptique, je tends à croire plutôt que l’armée américaine a décidé de permettre la publication de cette étude dans un premier temps pour préparer l’opinion publique à son retrait d’Irak, et organiser un simulacre de retraite consciencieuse.

    Si j’étais un militant de la société civile américain, je n’écarterais pas l’idée d’intenter un procès à l’armée US pour détournement de fonds au profit des multinationales pétrolières… (c’est une figure de style, bien sûr :))

  3. Un procès intenté à la US Army c’est tjrs possible mais il ne faut pas s’attendre à des miracles.
    Si ma mémoire ne me joue pas des tours, il y a déjà des personnes qui l’ont fait.

    Quant au retrait de l’Irak, quoi qu’ils fassent les ricains sont prix au piège. Les irakiens encore plus.

  4. Yep, je crois aussi que je l’ai vu sur le blog d’Ibn Kafka.

    Sinon, pas la peine de redire que l’Irak a été un fiasco total pour tout le monde. Sauf peut-être pour les kurdes d’Irak…

  5. salut spy jones ,j’éspere que tu vas bien et que tu as bien passé cet été🙂

    je suis tout a fait d’accord avec toi a propos de l’Irak , mais j’évoquerai aussi le cas de l’Afghanistan où toutes les grandes puissances mondiales se sont réunies pour lutter contre le terrorisme et Al Quaida ( à ce qu’il parait🙂 ) alors qu’ils ne s’occupent meme pas de la situation précaire des Afghans .En outre , ils n’ont pas encore battu les Talibans ( ce qui m’étonnerait vu leurs emplacements).
    En tout cas, j’ai parfaitemet apprécié cet article de ta part.
    Et puis bonne continuation pour toi et ton blog🙂

  6. Exactement, l’Afghanistan est un échec cuisant de la stratégie militaire, non seulement des US, mais aussi des autres pays participants, comme la France ou la Grande-Bretagne… Ils n’ont pas pu venir à bout de la menace terroriste avec leur méthode dépassée, et ont juste provoqués des morts civiles pour une efficacité quasi-nulle.

    à bientôt !


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :