Publié par : Spy Jones | août 24, 2008

Mauritanian military’s takeover : Morocco implicated ?

Le jeudi 7 août, je zappais d’un œil morne sur Al Jazeera, convaincu que rien ne pressait et que je retrouverais les sempiternelles actualités à propos de l’Irak et la Palestine occupée. Rien de tout cela, le JT était surtout centré sur le coup d’Etat qui s’était déroulé hier, et sur lequel  très peu d’informations étaient disponibles alors. Sur le coup, j’ai négativement jugé le coup d’état militaire, intuition qui, après quelques tergiversations, devait ensuite se transformer en opinion affirmée.

Mais reprenons le fil des évènements. Tout commence avec le limogeage de quatre hauts responsables militaires mauritaniens par le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. L’un deux, le général Mohamed Ould Abdelaziz, le leader du putsch, occupait auparavant la fonction de chef de la garde présidentielle. Dès que la réussite du coup d’État fut confirmée, la première décision du nouveau « président du Haut Conseil d’Etat » fut de rétablir les militaires démis de leurs fonctions. Par ailleurs, le désormais ex-président et son premier ministre furent « emprisonnés » au Bataillon de la sécurité présidentielle, le siège du PNDD (Pacte national pour la démocratie et le développement, pro-présidentiel) fermé. Dans la rue, les opinions divergèrent : il y avait d’un côté ceux qui soutenaient les putschistes (les plus visibles et apparemment les plus nombreux) parmi lesquels des parlementaires (25 députés et 23 sénateurs) du PNDD qui s’étaient auparavant retirés de leur groupe parlementaire, arguant avoir été empêchés d’exercer leur mission dans le cadre d’une commission d’enquête (cf. la tribune ci-dessous). D’un autre côté, les partisans du PNDD et d’autres partis, conduits plus tard par l’ex-premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf. Les premiers dénoncent les abus de l’ancien président, accusé de toutes sortes de détournement de fond, les seconds reprochent au militaire de violer les dispositions constitutionnelles et de s’immiscer dans le processus démocratique engagé récemment. Voici une tribune, publiée sur Rue89, et qui illustre bien l’opinion des pro-coup d’Etat :

Le coup d’État, un espoir pour nous, les Mauritaniens

Par Irabiha Abdel Wedoud | Militante des droits de l’homme | 17/08/2008 | 13H16

Le 6 août 2008, la Mauritanie a connu un événement inconcevable dans le monde occidental démocratique : un coup d’Etat… Le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, élu un peu plus d’un an plus tôt, a été demis de ses fonctions…

La réaction internationale ne s’est pas faite attendre : un déluge de condamnations s’est abattu sur nous, de la part de la France, des Etats- Unis, de l’Union africaine, des pays amis… Vu de l’extérieur, on pourrait aisément condamner, compatir à la situation du « pauvre » président déchu, que le Général Mohamed Ould Abdel Aziz aurait démis de sang froid, en violation des règles immuables de la démocratie…

Mais ce serait ignorer la tragédie, l’effroyable drame vécu par le peuple mauritanien, dans toutes ses composantes, en particulier les femmes et les enfants, qui ont été appauvris par quinze mois de gabegie, de corruption systémique, de braquage délibéré des deniers publics, de concussion, de pantouflage, de copinage… Tout le répertoire de délinquance financière sous le triste règne de notre Maestro du peuple, notre mal aimé président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Son épouse, Khattou Bint El Boukhary, présidente de la Fondation KB du même nom, a fait l’objet d’une longue partie de ping pong avec les parlementaires qui l’ont soupçonnée de détournements de biens publics. Sa Fondation KB a été constituée au lendemain de l’accession au pouvoir de son époux Ould Cheikh Abdallahi et s’est enrichie de façon vertigineuse en l’espace d’une année.

La Commission parlementaire qui voulait faire la lumière sur cette fondation a été empêchée par l’ex-président et une crise politique sans précédent a conduit les parlementaires à déposer une motion de censure contre le gouvernement.

Cette crise politique, qui s’est greffée au marasme social, à la misère du peuple, à la déliquescence des structures de santé, à la corruption systémique, à la flambée des prix, aux malheurs des réfugiés qui ont été abandonnés sous la canicule des camps délabrés et qui sont devenus des gueux dans leur terre promise, a engendré un fort sentiment de révolte des populations.

L’armée n’a pas échappé à ce massacre à la tronçonneuse de Ould Cheikh Abdallahi, qui l’a décapitée en limogeant tous les généraux du pays. Voila donc le tableau idyllique que nous vivions en Mauritanie jusqu’au 6 août 2008.

Oui, nous voulons une démocratie, oui nous voulons vivre en paix… Mais nous ne voulons plus de cette pseudo démocratie kitch, dont l’habillage n’a comme adhérent que la communauté internationale qui se complait dans la forme et non dans le fond.

Voila pourquoi, moi, militante des droits de l’homme, activiste du mouvement associatif, j’en appelle à la communauté internationale, à tous les citoyens du monde épris de liberté, à nous aider, nous le peuple mauritanien, en faisant avec nous bloc contre ces condamnations et ces gels de l’aide de la communauté internationale.

La Mauritanie vit actuellement des moments d’espoir qu’elle avait perdu dans cette année de saccage systémique du président déchu Ould Abdallahi. Avec Ould Cheikh Abdallahi, nous étions condamnés sans appel, on n’aurait jamais connu pire. Un coup d’Etat peut être, mais un nouvel espoir pour le pays.

Le général Mohamed Ould Abdelaziz

Je n’ai pas trouvé sur le Net d’article résumant l’opinion opposée, mais d’après ce que j’avais entendu sur Al Jazeera, leur principal argument est la violation de la constitution que constitue l’immixtion de l’armée dans le processus démocratique, ainsi que l’esprit revanchard et égoïstes des généraux démis de leurs fonction, qui auraient seulement sauvé leurs peaux.

Personnellement, je ne savais que penser au début. Si ma première réaction a été de vivement condamner le coup d’État, étant par principe anti-militariste et opposé à toute forme d’ingérence de l’armée en politique, les scandales rapportés au sujet de l’ex-président ont un peu refroidis mes ardeurs. Mais à mon avis, mettre entre les mains de l’armée l’avenir de la démocratie mauritanienne est un pari extrêmement risqué, car rien ne garantit un retour à la normale.

La communauté internationale, elle, fut unanime, sanctionnant ce coup de force « illégitime » d’un point de vue strictement juridique, sauf, comme on va le voir, le Maroc qui s’est immédiatement solidarisé des militaires putschistes, position relayée par le très officiel -est-il besoin de le rappeler?- quotidien Le Matin du Sahara et du Maghreb qui, par un éditorial visiblement dicté par les cadres de la diplomatie makhzénienne, soutient inconditionnellement les putschistes de Mauritanie, en les glorifiant de la langue de bois réservée aux « régimes frères » du Royaume, et en dénigrant le président déchu :

Editorial
Préserver la stabilité mauritanienne

Publié le : 06.08.2008 | 17h57

La stabilité et la sécurité de la Mauritanie… Ce qui pourrait s’apparenter éventuellement , chez d’aucuns, à un mot d’ordre de circonstance, voire à un slogan, est plus que jamais aujourd’hui l’objectif proclamé de hauts officiers qui viennent de changer le cours des choses et le mouvement de l’histoire dans ce pays frère et proche de nos coeurs.

Patriotes attachés à l’unité nationale de leur pays et à sa stabilité, soucieux également de préserver la dignité de leur peuple, ils n’ont eu de cesse de prévenir et d’alerter le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi à la fois sur la dérive d’un pouvoir de plus en plus émollient et au bord d’être miné par le népotisme.

Pour avoir mésentendu leurs appels et n’en avoir fait qu’à sa tête, Cheikh Abdallahi paye aujourd’hui le prix de son aveuglement. En accédant au pouvoir en mars 2007 que les militaires avaient rendu possible depuis l’indépendance en 1960, il avait pris de nobles engagements auxquels la communauté internationale, en dépit du fait qu’elle le méconnaissait, avait plus ou moins adhéré, le jugeant au fur et à mesure de ses comportements et de ses actes plutôt prometteurs.

Mais, en réalité, ce sont quasiment les mêmes officiers qui l’avaient soutenu de bonne foi qui ont été à la fois victimes de son ingratitude et insurgés à présent contre sa dérive solitaire et népotique. Cheikh Abdallahi n’avait pas fini de subir le grave revers de la démission il y a soixante heures de quelque quarante-huit parlementaires du parti au pouvoir, que déjà les hauts dignitaires militaires le renversent dans un mouvement de protestation nationaliste et patriotique. Il a décidé simplement, croyant régler la crise qui mine le pays, de limoger les hauts dignitaires des forces armées mauritaniennes.

S’ils ont relayé les élus du Parlement, c’est parce que leur patience aura été à bout. Ils ne pouvaient continuer à voir leur pays confronter crise institutionnelle supplémentaire, au risque de le voir plonger dans une instabilité que ses adversaires, prompts à s’en réjouir, attendent l’œil rivé sur une discorde nationale possible. L’ancien président, qui avait été élu il y a dix-sept mois dans le cadre d’une normalisation institutionnelle de la Mauritanie , avait suscité beaucoup d’espoirs.

Cependant, un goût du pouvoir aidant mais mal contrôlé, il n’a pas résisté à un désir inconscient et enfoui de se débarrasser de ses soutiens militaires auxquels il doit sa consécration et son maintien. Et le fait que sa femme, omniprésente dans la gestion des affaires du pays, n’a pu maîtriser ses ambitions et ses états d’âme, intervenant partout et imposant sa présence dans les affaires de l’Etat a plutôt montré les faiblesses d’un régime de plus en plus fragilisé. Et, partant, il a suscité la colère sourde des dirigeants parlementaires et militaires du pays.
Face à des dérives internes de plus en plus accentuées et une politique extérieure hésitante, voire pusillanime, indécise et à l’occasion enjolivée par une rhétorique à la limite de la démagogie, les dirigeants militaires qui ont par leur retrait de la vie politique contribué à mieux asseoir son pouvoir, ne pouvaient également se résoudre à ce qu’il ménageât ostensiblement et avec complaisance les compagnons fidèles de l’ancien président Ould Taya, renversé pourtant depuis août 2005.

Le limogeage de Mohamed Ould Abdelaziz, chef de la garde présidentielle et de plusieurs commandants, et par la suite la démission collective de 48 parlementaires ne pouvaient passer pour de simples péripéties dans un pays placé entre le marteau et l’enclume, menacé par les terroristes d’Al-Qaïda et leurs complices qui ont assassiné, entre autres, quatre Français il y a quelques mois. En mai dernier, croyant remanier son gouvernement par des replâtrages sans consistance, il annonçait répondre ainsi au soulèvement qui a suivi la grave hausse des prix alimentaires et aux menaces terroristes. Il y a quelques jours, il a voulu encore porté le fer dans la plaie en limogeant des dirigeants de l’armée qui, pourtant, est demeurée de bout en bout son allié sûr et indéfectible.
La réaction des hauts dignitaires militaires mauritaniens est d’abord celle du refus de voir leur pays revenir à une instabilité quelconque, politique, institutionnelle, économique et sociale.

Ensuite, et c’est peut-être la plus significative, de voir que la gestion de l’Etat et de ses attributs est menacée derechef par l’interventionnisme de la famille du chef de l’Etat, notamment son épouse, dont le comportement frise à vrai dire l’anachronisme, voire la ploutocratie. La Mauritanie sœur demeure notre voisin immédiat et tout ce qui s’y passe ne peut laisser indifférents ni l’Etat marocain, ni le peuple marocain qui attache une grande importance à la stabilité et à la sécurité de ce pays avec lequel notre destin ne s’est jamais autant confondu que dans l’épreuve. Les patriotes mauritaniens qui viennent de prendre en main le destin de leur pays, fidèles à l’éthique du service de l’Etat et de ses institutions démocratiques, soucieux de préserver la stabilité et le bonheur du peuple mauritanien continueront à compter sur le soutien du Maroc, de ses institutions, de son gouvernement et de son peuple frère.

Tip of the hat : Larbi et Ouchagour

Évidemment, cette prose makhzénienne n’est pas sans dévoiler les desseins du Pouvoir marocain, et cache mal les connivences certaines avec les putschistes « patriotes ». Notons encore que les passages que j’ai souligné passerait presque pour des aveux…

Soudain, coup de tonnerre. Le général Mohamed Ould Abdelaziz reçoit le 12 Août Yassine Mansouri, directeur de la DGED, surnommé « espion de Sa Majesté », évènement lui aussi couronné par un édito du Matin que voici :

Editorial
Respecter les choix de la Mauritanie

Publié le : 13.08.2008 | 16h52

La visite que Mohamed Yassine Mansouri, directeur général de la DGED, a effectuée lundi dans la soirée à Nouakchott au président du Haut conseil d’Etat mauritanien, le général Mohamed Ould Abdelaziz, s’inscrit dans un souci auquel le Maroc ne déroge jamais.

Celui de préserver constamment le bon voisinage, à plus forte raison avec la Mauritanie sœur. Personne, quelle qu’elle soit sa proximité, ne peut prétendre avoir connaissance avec la certitude requise de l’échange que les deux responsables ont eu. On peut gloser à loisir, certes, mais la réalité profonde de la teneur des entretiens leur appartient. Tout au plus, pourrait-on concevoir certaines hypothèses plausibles qui entrent dans le cadre de l’analyse : la Mauritanie reste le voisin très proche du Maroc, géographiquement et sentimentalement. C’est un truisme que de le dire. Son évolution intérieure et extérieure, sa sécurité, la protection de son peuple, les menaces qui pèsent sur ses frontières, son développement et son bien-être intéressent depuis toujours le peuple marocain.

Tout porterait à croire que l’émissaire de Sa Majesté le Roi Mohammed VI auprès du nouveau président du Haut Conseil d’Etat mauritanien a mis en exergue et réitéré de telles dispositions et , surtout, souligné l’attachement du Royaume du Maroc à la stabilité de la Mauritanie. Cette perception des choses n’est pas, aux yeux de Sa Majesté le Roi, un fétiche ou une vue de l’esprit. Elle est au cœur de ses préoccupations, car la Mauritanie constitue ce que les analystes considèrent à tort ou à raison comme une «profondeur stratégique».

En vérité, elle est une partie de nous-mêmes, son indépendance, sa souveraineté, son unité nationale formant un tout. Il convient de souligner, par ailleurs, l’attachement que S.M. Mohammed VI ne cesse de proclamer pour sa stabilité et la cohésion sociale de ses populations. Quand il s’était rendu en visite de travail à Nouakchott en 2003, Sa Majesté le Roi a reçu un accueil populaire chaleureux du peuple mauritanien et a présidé la signature de plusieurs accords de coopération entre les deux pays.

Les relations bilatérales se développement sur la base d’une coopération fructueuse, établie depuis des décennies, renforcée constamment à l’épreuve du temps, renouvelée à travers de nombreux instruments politiques, juridiques, économiques, sociaux, culturels et humains. L’interpénétration entre les deux pays et les deux peuples n’a jamais pâti des péripéties de l’actualité ou des vicissitudes de l’histoire, les responsables aussi bien du Maroc que ceux de la Mauritanie étant conscients qu’entre nous deux il y a plus de sujets qui nous unissent que d’autres pour nous diviser.

Quelles que soient donc les circonstances, et au-delà des enjeux que le Maroc défie, notre pays entend exprimer son entière solidarité avec le peuple mauritanien avec cette exigence cardinale de respecter coûte que coûte sa volonté et ses choix. Et la visite que Mohamed Yassine Mansouri vient d’effectuer à Nouakchott pour transmettre un message verbal de Sa Majesté le Roi s’inscrit bel et bien dans cette singulière dimension solidaire entre le Maroc et la Mauritanie.

Cette fois-ci, aucun doute possible, le Maroc est bien impliqué dans ce renversement dont les objectifs sont plus qu’ambigus, et dont on ne peut pas affirmer qu’il fut un élan patriotique, au vu des nombreuses tares qu’il dévoile, surtout que l’histoire de la Mauritanie confirme que l’armée n’a jamais deserté le champ politique, et qu’elle y extrêmement imbriquée. On pourrait même affirmer qu’elle seule tire les ficelles de la politique, et qu’à ce titre elle a droit de la part du Pouvoir marocain à la plus grande considération. Dommage pour le peuple mauritanien, dont les espérances d’une démocratie civile et stable sont ajournées… jusqu’à nouvel ordre.


Responses

  1. Va savoir pourquoi mais cette histoire de coup d’Etat mauritanien ne m’inspire rien ! C’est très bizarre. D’habitude, la politique, quel que soit le pays, m’intéresse. Mais là rien NADA !
    Il faut que j’aille voir un médecin !!! :d

  2. Peut-être parce que justement, c’est un coup d’état comme il s’en est produit beaucoup dans ce pays. Mais en tous cas, celui-là, à ce qu’il paraît, est probablement estampillé « made with Morocco »

  3. intéressantes constations, il est clair qu en filigrane il se passe bien des choses hors de portée du commun des mortels!
    Après une campagne sur l’exemple démocratique que la mauritanie représentais pour la région les US devraient se mordre les doigts, … , l’UE aussi vu la suspension des accords de peche.
    partageant certaines de vos opinions, j ai mis votre lien sur mon blog:
    http://www.joseki.wordpress.com

  4. Et oui, on a loué le scrutin démocratique en Mauritanie, mais le gagnant s’avérait finalement aussi corrompu que ses prédécesseurs, et les militaires, profitant de la baisse de sa popularité, on trouvé un prétexte pour revenir au pouvoir, toujours au détriment du peuple mauritanien

    Bienvenue sur mon blog, et merci d’avoir mis mon lien sur le vôtre.


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