Publié par : Spy Jones | août 28, 2008

Interview with a proud Quebecois

Après l’interview que m’avais consacré le Prof Solitaire, je décidai de lui rendre la monnaie, en lui soumettant un questionnaire essentiellement centré sur son identité et ses opinions politiques. Il y a répondu avec beaucoup d’application, de neutralité, d’objectivité et d’approfondissement, puis l’a publié sur son blog. Avant de vous laisser avec le texte de l’entrevue, je tiens à le remercier pour cette mine d’informations sur le Québec, son histoire, sa politique, et sa culture, qu’il nous a offerte :

1. L’identité, je l’ai constaté sur ton blog, est primordiale. Comment te définis-tu en premier: Québécois ou Canadien? Et pourquoi? Et comment la plupart des Québécois que tu connais pourraient répondre à cette question?

Je suis Québécois. Évidemment, je suis aussi Canadien par la force des choses, mais ce terme ne veut rien dire pour moi. Lorsque je quitte le Québec et que je visite le reste du Canada, je deviens un touriste, un étranger. Je ne suis plus chez moi. Bien que le nom « Canadien » ait d’abord été créé et porté fièrement par mes ancêtres pendant des générations afin de se différencier des Français, les anglophones de ce pays se sont appropriés le terme au début du XXe siècle. Il ne m’appartient plus. Ma grand-mère se dit encore « Canadienne ». Ma mère se dit « Canadienne française ». Moi, je suis Québécois. Ma famille illustre bien cette longue et douloureuse quête d’identité du peuple du Québec qui dure depuis 250 ans.
2. Quelle est ta langue maternelle? Quelles langues parles-tu en outre ? Que penses-tu de la politique linguistique au Canada? Et au Québec?
Ma langue maternelle est le français. Je parle également l’anglais (avec un accent) et j’ai jadis étudié l’allemand à l’université, mais puisque je n’ai jamais l’occasion de me pratiquer, j’ai presque tout oublié de cette belle langue.
3. Comment te définis-tu par rapport à la religion? Es-tu athée, déiste, agnostique, catholique, protestant, évangéliste…? Et comment en es-tu arrivé à tes croyances d’aujourd’hui?
J’ai grandi dans la religion catholique, dans une famille très croyante mais assez peu pratiquante. J’étais un enfant très religieux. Puis, vers la fin de l’adolescence, je me suis ouvert à de nouvelles passions, entre autres la science et l’histoire. La science m’a fait réaliser que l’histoire du monde et de ses origines telle que racontée dans la Torah, la Bible et le Coran ne tient tout simplement pas la route. L’histoire, elle, m’a révélé la religion sous un autre angle: une puissante force réactionnaire et dogmatique qui parle d’amour mais qui fait la promotion des préjudices et du sexisme, qui prêche la paix mais sanctionne la violence lorsque celle-ci sert ses intérêts, qui offre des réponses simplistes et puériles à des questions complexes. J’en suis venu à la conclusion que la religion est une invention humaine, aussi contradictoire et imparfaite que les humains qui l’ont élaborée. J’ai alors décidé que celle-ci n’avait plus de place dans ma vie.
Je sais que ceci risque de choquer plusieurs de tes lecteurs, mais c’est ce que je crois. Cela étant dit, je suis très tolérant des opinions de chacun. Je n’impose mes vues à personne et j’exige que les autres fassent de même.
Mais je ne suis pas athée pour autant. Pour moi, la religion et la spiritualité sont deux choses distinctes et il est possible à mon avis de vivre l’une sans l’autre. Je crois que Jésus de Nazareth est fort probablement un personnage historique et qu’il a dû être un homme remarquable, une espèce de Gandhi de son époque, dont les exploits ont été amplifiés par la suite. Bref, un homme extraordinaire, mais simplement un homme. Je crois en quelque chose, à un « Dieu » puisque c’est le terme généralement utilisé… j’ai souvent ressenti une présence dans ma vie, en particulier dans certains moments charnières. Cette présence n’est peut-être que le fruit de mon imagination, c’est fort possible, mais y croire m’apporte un certain réconfort.
Mais cette présence divine à laquelle je crois n’a jamais écrit de livres, n’a pas plus d’affection pour un peuple que pour un autre, ne veut de mal à personne et se fiche éperduement de ma façon de m’habiller ou de ce que je mange!
4. Quel rôle jouent les religions au Québec? Quelle forme de cohabitation entre elles et la politique? Quelle est la politique de l’Etat en ce qui concerne les religions minoritaires: Islam, bouddhisme, …?
La société québécoise, après avoir été littéralement dominée par l’Église catholique pendant des siècles, a subitement tourné le dos à la religion dans les années 60 pendant cet épisode de notre histoire qu’il est convenu d’appeler « la révolution tranquille ». Une véritable révolution, en effet, mais sans violence ou effusion de sang, d’où l’adjectif « tranquille ». La religion a été repoussée à l’extérieur de la sphère publique et le gouvernement de la province a pris plein contrôle de ses institutions (écoles, hôpitaux, etc.) La religion a été reléguée à la vie privée. Les politiciens québécois ont depuis banni toute référence religieuse de leurs discours et de leurs politiques.
Les Québécois ont massivement déserté les églises et se sont employés à la construction d’une nouvelle société laïque dont les principales valeurs communes sont la tolérance et la liberté. À chacun, donc, de choisir sa façon de vivre dans la limite des lois laïques et à chacun de respecter son voisin.
L’arrivée d’immigrants ces dernières années fait beaucoup de vagues à cet égard. Ces nouveaux arrivants n’ont pas vécu et ne comprennent pas la raison d’être de la révolution tranquille. Plusieurs d’entre eux sont très religieux, en particulier les catholiques sud-américains, les musulmans et les juifs orthodoxes. Ces néo-Québécois voient d’un mauvais oeil certaines moeurs québécoises (les femmes en bikini sur les plages, les conjoints qui vivent ensemble sans être mariés, la consommation d’alcool, etc.) et voient ces phénomènes comme des comportements décadents. Les Québécois font preuve de la même incompréhension face aux immigrants religieux, en particulier lorsque ceux-ci demandent des locaux de prière dans les universités, des congés de travail lors de leurs fêtes religieuses respectives ou encore des heures de baignades réservées aux femmes dans les piscines publiques. C’est le Québec de demain qui s’élabore, c’est donc une période passionnante, mais qui donne naissance à des tensions et des frustrations de part et d’autre.
Pour ce qui est des politiques de l’État concernant les religions, le gouvernement traite toutes les religions sur un pied d’égalité, qu’elles soient très répandues ou très marginales. Aucune ne reçoit de traitement de faveur, bien que certains congés et certains symboles hérités du passé catholique demeurent en usage. Les mosquées, les temples bouddhistes et sikhs poussent un peu partout. Le gouvernement n’intervient tout simplement pas, la religion étant considérée une affaire de vie privée.
5. Peux-tu nous expliquer exactement les grandes lignes du système politique canadien, et le régime d’autonomie en vigueur au Québec?
Sujet fascinant sur lequel je pourrais m’étendre pendant des heures, je vais tenter de m’en tenir aux grandes lignes. Le Canada est un état fédéré. Le gouvernement fédéral, situé à Ottawa, s’occupe des affaires extérieures, de l’armée, de l’immigration, etc. Chacune des dix province a sa capitale et son parlement provincial, le nôtre est à Québec. C’est ce dernier qui s’occupe de santé, d’éducation, de culture, etc. Toutefois, le gouvernement fédéral a tendance a être très centralisateur et à s’immiscer dans les domaines provinciaux, au grand dam du Québec qui a soif d’autonomie. Cela crée des situations loufoques, comme l’existence de deux ministres de la santé, l’un à Ottawa et l’autre à Québec, qui ont parfois des politiques contradictoires. Pas très efficace et très coûteux comme système.
Jusqu’à tout récemment, le Canada a toujours refusé de reconnaître que le Québec était différent des neuf autres provinces anglophones du pays, ce qui est totalement ridicule puisque dans les faits, nous sommes distincts à tous les points de vue. La politique de multiculturalisme du gouvernement canadien, instituée dans les années 80, a effectivement réduit les Québécois à l’état de « minorité culturelle », comme les Chinois de Colombie-Britannique ou les Ukrainiens de l’Alberta. Cela est non seulement injuste mais profondément insultant. Contrairement aux autres minorités culturelles de ce pays (à part les Amérindiens), nous ne sommes pas des immigrants, mais l’un des peuples fondateurs! Notre culture, vieille de 400 ans, n’est pas une importation mais une culture originale, profondément distincte de la culture française et de toute autre. Mais aux yeux du Canada anglais, le Québec ne doit recevoir aucune reconnaissance officielle, aucun pouvoir spécial et constitue une province comme les autres.
Bref, c’est cet entêtement, ce refus de négocier, ce genre de politique de mépris et de négation de la réalité qui a fait de moi un séparatiste dans les années 90 et je le suis encore à ce jour. Récemment, l’actuel premier ministre du Canada, Stephen Harper, a déclaré que « les Québécois forment une nation à l’intérieur d’un Canada uni ». La déclaration a fait plaisir à beaucoup de monde mais dans les faits, elle est vide puisqu’elle n’accorde rien au Québec qu’il ne possède déjà et n’a aucune conséquence sur les lois ou le fonctionnement du pays.
6. Es-tu apolitique? Sinon, de quel courant(s) politique(s) te réclames-tu: droite, centre ou gauche? Libéral ou conservateur? Que penses-tu du système politique canadien et de l’autonomie au Québec? Et qu’est ce qu’en pensent la plupart des Québécois que tu connais?
Je suis très politisé depuis que j’ai ton âge (époque de mes premières manifestations populaires) et je m’intéresse activement à la politique. Je suis en faveur de la séparation et de la souveraineté du Québec, je suis donc un souverainiste comme on dit ici. J’ai voté en ce sens depuis l’âge de 18 ans. Après deux référendums perdus sur la souveraineté du Québec (en 1980 et 1995), la plupart des Québécois ont sombré dans un profond cynisme et un découragement. Le parti souverainiste est à son taux de popularité le plus bas depuis 40 ans. Le projet de souveraineté du Québec est sur la glace… mais je demeure confiant qu’il reviendra à l’ordre du jour éventuellement, cela me semble inévitable. Le système fédéral canadien actuel n’est pas acceptable pour le Québec.
Pour ce qui est de définir mes orientations politiques, je n’aime pas beaucoup les étiquettes que je trouve très subjectives et réductrices. Plusieurs Québécois me trouvent très à droite. Aux yeux d’un Américain, je passerais probablement pour un type très à gauche, mais aux yeux d’un Français, quelqu’un de plus au centre. Je suis généralement en faveur des politiques libérales, bien que mes valeurs personnelles soient plutôt conservatrices. Je peux te faire part de mes positions face à certains enjeux récents et à toi de me dire comment je serais perçu par un Marocain.
Je suis contre la guerre en Irak et contre l’occupation de l’Afghanistan. Je ne crois pas à l’agression armée comme méthode efficace de régler des problèmes. Je suis d’avis que les politiques agressives et injustifiées de Bush ont créé un dangereux précédent qui a ouvert la porte aux attaques d’Israël contre le Liban et aux attaques russes contre la Tchéchénie et la Géorgie. Les USA n’ont plus la légitimité morale d’intervenir contre ces actions puisqu’ils font la même chose!
Je suis contre la peine de mort puisque la possibilité d’une erreur policière ou judicière est toujours possible… mais certains crimes particulièrement immondes me font parfois remettre en question cette position. Je suis en faveur de lois plus sévères pour neutraliser la menace de criminels dangereux, comme les prédateurs sexuels et les pédophiles.
Je suis en faveur des politiques sociales, de la gratuité de l’éducation et des soins de santé. Je veux bien que le gouvernement vienne en aide aux entreprises créatrices d’emploi mais je suis scandalisé par les profits obsènes des banques et des compagnies prétrolières.
Je suis fondamentalement en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté. Je crois que toute personne atteinte d’une maladie dégénérative incurable devrait avoir la possibilité de choisir le moment de sa mort et que celle-ci se déroule dans la dignité et avec le moins de souffrance possible. J’ai vu des gens mourir lentement pendant des mois dans d’horribles souffrances tant physiques que psychologiques pendant que les médecins, passifs et impuissants, attendaient que la mort arrive d’elle-même et j’ai trouvé cela totalement inhumain. On fait preuve de plus de compassion envers un animal mourant frappé par une voiture! Je suis exaspéré du refus du gouvernement de légiférer en ce sens.
Je suis profondément convaincu de l’égalité des hommes et des femmes et je crois que les deux sexes doivent posséder exactement les mêmes droits, les même privilèges et les mêmes obligations. Toutefois, la question de permettre les seins nus sur les plages me met très mal à l’aise.
Je suis en faveur de la légalisation de l’avortement (avec certaines restrictions), mais mes valeurs personnelles me font ressentir un profond malaise face à cette question. Je crois que chaque femme doit être libre de prendre ou non cette décision, mais dans ma vie personnelle, jamais je ne l’aurais envisagée.
Je suis en faveur de l’immigration, mais je crois que les immigrants qui choisissent de venir vivre au Québec doivent s’adapter et s’intégrer à leur société d’accueil en apprenant le français et en respectant les valeurs laïques de notre société.
Je suis contre la légalisation de la drogue, que je considère être un fléau. Je suis également contre la légalisation de la prostitution.
Je suis en faveur des unions gays. Je crois que l’homosexualité n’est pas une maladie, ni une déviance, mais simplement un état. Je crois également que les homsexuels ont le droit de vivre en couple et d’être heureux, comme les autres.
Pour ce qui est des politiques familiales, je suis beaucoup plus à droite que mes compatriotes. Je crois que le gouvernement devrait venir en aide aux familles dont l’un des parents demeure à la maison pour faire l’éducation des enfants plutôt que de venir en aide aux parents qui travaillent tous les deux et qui laissent l’éducation de leurs enfants à des garderies. À mon avis, les familles qui n’ont qu’un seul salaire ont bien plus besoin d’aide que ceux qui en ont deux. De plus, je suis mal à l’aise avec ce phénomène des garderies qui prétendent être capables de remplacer les parents dès que le poupon a six mois. Je trouve cela profondément choquant. Je suis très inquiet des effets à long terme qu’une telle pratique aura sur la prochaine génération. Mais aux yeux des gens que je connais, je passerais pour un réactionnaire et un marginal en disant cela.
Je suis un ardent environnementaliste, je suis en faveur de mesures drastiques pour réduire la pollution, pour créer un réseau de transport en commun efficace et je crois que les gouvernements devraient réunir tous les meilleurs ingénieurs et mettre à leur disposition un budget significatif afin qu’ils élaborent une voiture électrique qui roule à des vitesses normales sur de longues périodes de temps.
7. Quelle est la position officielle du gouvernement envers l’immigration? Quelle en est ton opinion personnelle? Et qu’est ce qu’en pensent la plupart des Québécois?
Je crois que je me suis déjà exprimé sur la question dans mes réponses précédentes. Je vais simplement spécifier que, dans ce dossier comme dans une foule d’autre, le Canada et le Québec ne sont pas d’accord.
La politique du Canada est le multiculturalisme. Le gouvernement canadien encourage et finance les efforts des différentes communautés culturelles pour conserver leurs cultures d’origine, la plupart du temps à l’état de folklore. Car il faut bien le dire, le Canada sait très bien qu’après une ou deux génération, les immigrants finissent par devenir des anglophones comme les autres. Il n’a donc qu’à attendre et à se donner belle image avec sa rhétorique d’ouverture et de tolérance.
La politique du Québec est l’interculturalisme. Dans le contexte d’un peuple sans pays et à l’avenir incertain, minoritaire dans un continent d’anglophones et qui voit la majorité des nouveaux immigrants choisir l’anglais plutôt que le français, il s’agit d’une politique dictée par la nécessité. Le principe de l’interculturalisme est que le gouvernement encourage le maintien des cultures et des langues d’origine dans la sphère privée, mais désire que tous utilisent la langue officielle du Québec (en l’occurrence, le français) dans la sphère publique. Il s’agit d’une politique qui vise à pallier au fait que nous ne sommes pas un pays, mais justement parce que nous n’en sommes pas un, le gouvernement est incapable de véritablement l’appliquer. C’est un cul-de-sac.
À mon avis, la seule solution durable pour le Québec passe pas sa souveraineté. De cette façon, les gens qui viennent vivre ici ne seront pas des gens qui désirent vivre en anglais au Canada, mais plutôt des gens qui désirent vivre en français au Québec. Notre langue et notre identité n’étant plus menacées, l’intégration des immigrants sera plus harmonieuse et naturelle.
8. Quelles sont les problématiques économiques et sociales les plus graves aujourd’hui au Québec de ton point de vue? Lesquelles sont les plus débattues en public?
Je m’intéresse très peu à l’économie, mais les enjeux qui me semblent les plus inquiétants sont l’affaiblissement économique de la classe moyenne, l’achat des grandes entreprises québécoises par des intérêts étrangers et le prix du pétrole qui menace sérieusement de nous plonger dans une importante récession économique. Les principales problématiques sociales sont la pénurie de logements à prix modique pour les gens qui gagnent peu d’argent, l’absence de soins adéquats pour les gens souffrant de maladies mentales, les personnes âgées souvent abandonnées et seules, et le suicide qui recule mais qu’il faut continuer de combattre.
9. Quelles sont les principales caractéristiques du système éducatif québécois? Quelles sont les problèmes qui subsistent à ton avis?
Bien que j’éprouve souvent beaucoup de frustration face au système éducatif du Québec, je te mentirais si je te disais que nous vivons présentement une situation de crise. Le système se porte généralement bien et les étudiants se classent très bien aux niveaux national et international.
Le système québécois traverse présentement une période dite de « réforme » qui a donné lieu à quelques dérapages mais qui, dans son fond, est justifiée et pertinente. La réforme vise à évaluer les compétences des élèves plutôt que leurs connaissances et tente également de remplacer l’enseignement traditionnel par une approche plus active et participatrice qui permet à l’élève de découvrir les solutions par lui-même. La réforme n’est pas parfaite (le volet de l’évaluation est complètement ridicule) et elle n’est pas toujours réaliste (la quantité et la nature des compétences que l’enseignant doit évaluer ne tient pas debout) mais le principe général est intéressant. Je trouve que la réforme m’accorde une autonomie intéressante et une marge de manoeuvre dont je profite allègrement pour élaborer des projets éducatifs vraiment intéressants pour les élèves.
Cela étant dit, plusieurs problèmes demeurent. Les enseignants sont sous-payés, les classes comptent trop d’élèves, nous manquons de services et de classes adaptées pour répondre aux besoins des élèves en grande difficulté, certains édifices vieillissent mal et sont inadéquatement entretenus et tout le réseau étouffe sous une gigantesque bureaucratie de commissions scolaires qui sont coûteuses, inefficaces et inutiles. De grands changements s’imposent, mais la volonté politique est absente.
10. L’environnement est-il un souci majeur du gouvernement? Des mesures ont-elle été prises pour amorcer un « virage vert » de l’industrie et des comportements quotidiens? Quelle est ton opinion là-dessus?
Les Québécois sont de plus en plus sensibles à l’environnement, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire. La hausse du prix du pétrole aura au moins ceci de bon: elle forcera les gens à réduire leur consommation. Pour ce qui est du gouvernement, il est tout simplement pathétique. Derrière ses beaux discours et ses grandes déclarations remplis de bonnes intentions, il ne fait rien de sérieux. Le manque de vision des politiciens est aberrant dans ce dossier. Ils ne réalisent pas les conséquences catastrophiques d’une absence d’action immédiate.
Pour la première fois de ma vie, lors des prochaines élections, je pense à voter pour le parti qui aura la meilleure politique environnementale plutôt que pour celui qui voudra enclencher un nouveau processus menant à la souveraineté… je suis en réflexion à cet égard.
11. La presse, les médias sont-ils globalement indépendants, neutres et objectifs selon toi?
Ça dépend lesquels. La télévision fédérale de Radio-Canada est financée par le gouvernement d’Ottawa et a comme mandat officiel de promouvoir l’unité nationale, ce qui lui enlève toute crédibilité à mes yeux. Des employés qui avaient osé tenir des propos jugés trop patriotiques à l’égard du Québec ont été foutus à la porte. Même chose pour le journal La Presse et tous les médias anglophones, tous aveuglément fédéralistes, certains d’entre eux donnent même carrément dans les déclarations haineuses. Les autres médias privés appartiennent à de grandes compagnies et sont généralement fiables et objectifs, sauf lorsque la nouvelle concerne les compagnies qui les possèdent. Mais les différents médias se surveillent farouchement entre eux, ce qui assure une certaine éthique… et lorsque l’unité nationale n’est pas en cause, les journalistes savent être critiques à l’égard du gouvernement. Mais je me méfie toujours du pouvoir qu’ils exercent sur l’opinion publique.
12. Comment peux-tu décrire le référentiel culturel des Québécois? Quelles sont les particularités de la littérature et de l’art québécois?
Le Québec a ceci de particulier qu’il apparaît très européen aux gens d’Amérique du nord et très américain aux observateurs d’Europe. En fait, nous ne sommes ni l’un, ni l’autre, mais nous sommes influencés par les deux. L’art québécois a connu une grande renaissance dans les années 60 et depuis, a été de tous les grands courants artistiques. La chanson, les productions télévisuelles et le cinéma se portent particulièrement bien. Certains films québécois performent même aussi bien au box-office que les gros blockbusters américains, ce qui est phénoménal. Le domaine de la publication se porte aussi très bien, les Québécois aiment beaucoup lire et je ne cesse d’être surpris par le grand nombre de nouvelles publications pour une si petite population. Puisque nous sommes francophones, les productions américaines nous intéressent mais demeurent « étrangères » pour nous. Celles qui viennent de France le sont également car notre accent, nos expressions, notre humour et nos références culturelles n’ont plus rien de français, après 250 ans de séparation forcée. C’est pour cela que les produits culturels de chez nous se portent si bien.

Responses

  1. J’ai trouvé énormément plaisir à lire cette interview cher ami, et je ne me suis en aucun cas lassé à la lire tout entière.

    Questions sagaces, réponses intelligentes.

    Grâce a ton billet, j’ai pu apprendre un tantinet sur l’histoire du Québec, cette province dont je ne connaissais que le nom et l’emplacement géographique.
    Ça m’a permis aussi de découvrir un journaliste ingénieux et émérite…
    Je félicite ton ami québécois pour ses réponses à la fois précises et intelligentes.

    Je tire mon chapeau, et je me penche.

  2. Je te remercie pour ce commentaire très gentil de ta part, mais je crois que cette interview doit avant tout sa réussite aux réponses du Prof Solitaire…

  3. Merci pour les bons mots, c’est très gentil. Tes questions sont venues toucher à plusieurs des sujets qui m’intéressent le plus. C’est comme si tu me connaissais bien depuis des années! J’ai adoré l’expérience. Merci encore!

  4. C’est prémédité😀 J’ai essayé de cibler l’interview, de façon à ce qu’elle te « colle » parfaitement, à partir des sujets que je voyais traiter dans ton blog.
    Tout le plaisir est pour moi !

    PS : Souhaitez un très bon Ramadan aux musulmans que vous connaissez, ils apprécieront le geste.

  5. C’est déjà fait pour les musulmans que je fréquente en personne, mais j’ai oublié de le faire pour toi, mon musulman virtuel préféré! Je corrige le tir immédiatement: Saha rermdanek mon cher Spyjones!

  6. Merci beaucoup, je suis touché par cette marque de sympathie !

    Une toute petite remarque : « Sahha Ramdanek » c’est du dialecte algérien. En dialecte marocain on dit « Mabrouk Ramdane » ou alors on l’exprime en arabe classique « Ramadane Moubarak Saïd ».


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