Publié par : Spy Jones | décembre 11, 2008

Reading, just reading, nothing but reading

Lire. Cette action ponctue, depuis bientôt quinze ans, ma vie qui serait sinon un vide sidéral. Et c’est en ce moment, ce que je fais de plus intéressant, entre un exercice de maths et un autre de physique, ou alors juste avant de m’endormir 2 ou 3 heures avant l’aube. Cette satanée télé constitue certes un attrayant divertissement, mais rien ne vaut la jubilation que l’on ressent en s’isolant dans sa chambre et en se plongeant dans un bon roman, après une journée harassante. Parallèlement, c’est à un autre genre de plaisir intellectuel que vous invite un essai, le plus souvent politique ou historique dans mon cas, et qui change de la désinformation scolaire ou médiatique, ou de l’appât si exaspérant des clichés, généralisations hâtives et autres préjugés…

Seulement voilà, il arrive que s’amoncellent les livres commencés, et la spirale de l’abandon guette alors chacun de ces livres qui s’entassent dans une pile forcément aléatoire. Pourtant, là ne réside pas mon vrai défaut, qui est plutôt l’absence de prise de notes. Est-ce dû à ma flemme légendaire ? Ou est-ce normal, puisque la lecture perdrait son côté reposant ? Ce n’est pas un excuse valide, toujours est-il que je n’ai jamais pu prendre note de ce que je lisais, et que des trésors de sagesse et d’informations glanés ici et là sont balayés par la mousson de l’oubli.

Toute cette introduction n’aura eu pour but, en plus d’élever le niveau de langue du présent blog, qu’à présenter cette revue (maigrichonne comme le mouton qu’on a égorgé hier) des principaux livres que je lis actuellement :

  • « Un siècle pour rien : Le Moyen-orient arabe de l’Empire ottoman à l’Empire américain » : D’emblée, je précise qu’il m’a été conseillé puis offert par une amie très chère qui se reconnaîtra, et que je ne remercierais jamais assez. Car, pour l’inconditionnel d’histoire contemporaine que je suis, j’ai pu me former une idée précise sur la plupart des évènements du XXème siècle concernant le monde arabe, et qu’à ma grande honte je ne connaissais que si peu. Sous la forme d’une discussion entre Gérard Khoury, historien franco-libanais, Ghassan Tuéni, diplomate et politicien libanais, et Jean Lacouture, écrivain français, ce livre traite avec lucidité et objectivité, avec force détails utiles, les périodes suivantes : la Nahda avant 1914, la révolte arabe (1916-1920), la décennie 1948-1958, le nassérisme, la guerre civile au Liban 1975-1990, l’après-guerre, les années 90 et enfin l’immédiat après-11-septembre. Vu que je n’ai pas pris de notes, je ne pourrais pas analser méthodiquement le livre, mais simplement dérouler mes impressions et mes opinions, à la lumière de ce dont je me rappelle ( j’ai fini de le lire il y a deux semaines) :
    Tout d’abord, j’ai appris beaucoup d’informations au sujet de la Nahda, surtout au niveau politique avec la volonté d’émancipation des Libanais, des Syriens et des Égyptiens du joug ottoman, avec des courants révolutionnaires parrallèles à ceux de Turquie. En même temps un nationalisme juif émergeait parmi les juifs vivant sous l’Empire ottoman, à l’opposé des chrétiens qui assumaient pleinement leur arabité.
    Ensuite, l’éclatement de la révolte arabe, les promesses non-tenues de l’Angleterre et de la France, sur fond d’instabilité politique et d’incertitudes identitaires, et concurremment au début de l’établissement d’un foyer juif en Palestine. Ensuite, on met en exergue les réactions arabes à la proclamation d’Israël, qui se caractérisent autant par leur aspect va-t-en-guerre et dramatique, en l’absence de diplomatie efficace et convaincante, et à la fois par un immobilisme du à la veulerie des dirigeants arabes de l’époque. Le trio s’est attardé longuement sur Nasser et a analysé le discours et l’idéologie sous-jacente de ce dirigeant, en montrant que ce politique était quand même très réaliste, et qu’il n’a pas voulu d’unité arabe alors même qu’il était plébscité partout, rebuté par l’énormité de la tâche. Ils en viennent ensuite à la guerre civile libanaise qu’ils considèrent en gros comme une « guerre pour les autres », par factions libanaises interposées, les autres étant en l’occurrence les Syriens, les Palestiniens et les Israéliens. Et après une (relativement) brève évocation de la première guerre du Golfe, ils analysent les perspective d’avenir du monde arabe par rapport aux projets américains, pendant que le terrorisme émerge bruyamment. Le livre est publié en 2001, il ne comporte donc ni guerre d’Afghanistan, ni guerre d’Irak, encore moins la quasi-sécession du Hamas. C’est là le seul inconvénient d’un livre très enrichissant et objectif, et qui m’a personnellement beaucoup plu.
  • « Al-haqiqa al-gha’iba » (La vérité absente) de Faraj Fouda : Un livre qui démonte la rhétorique islamiste selon laquelle l’établissement d’un califat réglerait une fois pour toute les problèmes politiques. L’auteur se réfère aux trois période se réclamant du califat (les bien-dirigés, les Omeyyades, et les Abassides) afin de montrer que le là ou le politique a pris le pas, le religieux s’est effacé et vice-versa (le clivage Ali/Mouâouiya) et évoquant en passant le fait que les califes bien-dirigés ont fait preuve d’un ijtihad radical et résolument réaliste, en abrogeant les hudud ou en coupant les vivres aux mutalifat qulubuhum. S’il ne brille pas la qualité logique de sa démonsration, l’essai est toutefois une source d’évènements peu reluisants, et qui incline à réfléchir sur la séparation politique/religieux comme une séparation nécessaire et naturelle.
    L’auteur, assassiné par des islamistes égyptiens en 92, est connu pour sa critique virulente. Pourtant, j’ai trouvé ce livre bien modéré, et n’étant même pas ouvertement prononcé pour la laïcité. Comme quoi, ne faut-il jamais se fier aux intégristes, qui prennent un malin plaisir à déformer les opinions de leurs détracteurs.
    En somme, ce n’est pas une critique complète et rigoureuse de l’islamisme, mais on y trouvera des éléments historiques très méconnus, et l’on voit sûrement d’un œil nouveau la période du califat, où la cupidité et la soif de pouvoir a pris le pas sur tout le reste, et où même des fuqaha-s connus aujourd’hui pour leur piété et leur dévotion, n’avaient pas réagi face à des atrocités qui dépassent l’entendement.
    Je souligne enfin que c’est notre prof de philosophie qui a fait circuler ce livre parmi nous, élèves de sa classe. Qu’il en soit vivement remercié !
  • « Dune » de Frank Herbert : C’est le roman que je lis avant de me coucher. De la pure science-fiction avec un monde-univers déroutant, mais dont l’intrigue permet d’adoucir la sensation de dépaysement. Axé politique, puisque le noeud de l’intrigue est une querelle entre deux clans pour une planète-fief d’une importance capitale. C’est aussi un savant mélange de religion, de mythologie, de stratégie militaire et d’organisation sociale, dans une ambiance « Moyen-âge futuriste » . A lire absolument, pour les amateurs  de SF.

PS : Mabrouk l’Aid à tout le monde ! C’est un peu tard je sais, mais bon… J’allais quand même pas en faire tout un billet.

PS 2 : Je découvre incrédule ceci. Et dire qu’il  y en a encore qui rêve d’unité arabe ! Je cours voir comment créer une Wikipédia en darija marocaine….


Responses

  1. T’es courageux😉
    Tiens, tu me pousses à me procurer « la vérité absente ». Merci🙂

    ——-
    Mounir, si tu passes par là merci d’avoir fait la course jusqu’à Rabat d’autant que c’était pendant le ramadan et puis à l’intérieur de Casa🙂

  2. Bof, courageux je ne sais pas, tu remarqueras bien que ce n’est pas très subversif, mais comme c’est écrit en arabe dans un style très sarcastique et que les islamistes d’Égypte sont débordants de fanatisme, leur sang n’a fait qu’un tour et ils ont poussé le bouchon aussi loin qu’ils l’ont pu.

    Et puis j’ai oublié de préciser que c’est le premier livre de langue arabe que je lis avec autant de plaisir. J’espère qu’il amorcera ma réconciliation avec cette langue…

    PS : Je me joins à toi pour le remercier encore une fois.

  3. Salut,

    Moi je ne lis plus…d’ailleurs, je n’ai pratiquement rien lu ces…4 derniers derniers mois, si ce n’est la planète de singes et la boîte à merveilles : c’est tellement fatiguant un bouquin.
    Tu préfères VRAIMENT les livre à la télé? Personnellement, je préfère(de loin) la télé, c’est tellement plus séduisant.
    Et puis tu as de drôle de goûts : la lecture d’un essai est un plaisir intellectuel pour toi?

    En ce qui me concerne, le lecture d’un essai, autant que sa rédaction, me donne la nausée : c’est aussi sec qu’une feuille d’automne!

    Sinon, Dunes j’en ai entendu dire beaucoup de bien – même s’il parait que ça a dégénéré à la fin

    Bonne reprise des cours

  4. « c’est tellement fatiguant un bouquin » tu le penses vraiment ? Je croyais que t’étais un fan de la lecture d’après tes billets sur ce que tu avais lu. On aura tout vu :O

    La télé est séduisante, mais elle n’est pas du tout relaxante, et n’incite que rarement à la réflexion et à la contemplation…

    Les essais sont plus faciles à lire pour moi que les romans : on n’a pas besoin de mémoriser l’histoire, les noms de personnages, le contexte (surtout quand c’est un roman de science-fiction)

    Bonne reprise des cours à toi aussi et bosse bien🙂

  5. Je l’étais en effet. Mais j’ai toujours préféré la télé, je la trouve très relaxante.

  6. Je n’ai lu aucun de ces livres. Mais comme toi j’adore les essais. Les essais, ça raconte du vécu, des destins , ça témoigne sur les époques de l’histoire. Je les préférerais de loin au plus brillant des romans littéraires. Faut dire que je lis rarement de roman.
    J’ai entendu beaucoup de bien sur « un siècle pour rien… » je crois que je passerais le pendre à la Fnac.

  7. Lire est un refuge inégalable, d’un livre à l’autre, on change de lieu, de vie, d’atmosphère.

  8. salut.je trouve votre articles est bien aussi il traite des sujets important dans notre société et sur tous pour nous les jeunes mais j ai pas compris pourquoi vous choissez des titre anglais même si les articles sont écris en français ???!!!!

  9. Salut,

    Je fais des titres en anglais pour changer un peu, c’est tout🙂


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